Parution Avril 2005
 

 

* Poète, romancier, essayiste, chroniqueur littéraire, éditeur de la collection Poètes d'aujourd'hui, auteur de remarquables anthologies (dont Mille et cent ans de poésie française, parue aux éditions Laffont en 1991), Bernard Delvaille ne cesse de voyager dans ses pays d'élection, qui sont aussi la littérature, l'architecture, la peinture et la musique. La Table Ronde a publié récemment les trois tomes de son journal et prépare l'édition de son œuvre poétique.

Bernard Delvaille
Le plaisir solitaire
Carnets. Collection Lettres du Cabardès animée par Jean-Claude Pirotte
Avril 2005, 176 p., 14/19 cm — 17,00 Euros.
ISBN 2.86853.431.7

« Je ne sais pas si ce que nous avons écrit nous définit ou si c'est notre vie qui détermine ce que nous écrivons. L'un et l'autre sans doute.
Le plaisir solitaire, c'est celui de la lecture. Jeune, c'est aussi celui du voyage, qui, plus tard, réclame d'être partagé. Les textes ici rassemblés — dont d'importants inédits par rapport à la première édition — sont de courts essais littéraires (Le cavalier Marin, Sur Émile Verhaeren) et des souvenirs de voyages : Londres, Venise avant tout, mais aussi les côtes de Norvège, Copenhague et Elseneur, Dublin. Autant d'amers qui balisent une vie.
  « Il y a près de vingt ans que je vais au Danemark, ou en Danemark. C’est pour moi le plus doux pays de la terre. Je crois que j’aimerais y vivre.

Dans un ancien carnet, je retrouve quelques notes. Sur le pont du ferry-boat. Il va être quatre heures ; bientôt le jour ; tout devient bleu. Un oiseau blanc nous accompagne. Les mouettes, au-dessus de nos têtes, immobilisent leur vol. Cette nuit d’été, la mer est calme. Je suis seul dans le vent tiède.
À la descente du bateau pour prendre le train, à Gedser, ma première vision du Danemark a été la mer grise, sous une petite pluie mal réveillée et une plate-bande de rosiers nains, garance. Puis, sous la pluie du petit jour, le train, à travers bois et prairies, jusqu’à Copenhague.

À chaque traversée, je songe à Laforgue. À l’aube du 1er janvier 1886 à Kersoer, côtes du Danemark, il écrit Gare au bord de la mer :

On ne voit plus la mer dans ce temps d’embruns,
Mais on l’entendait maudire son existence…
… Et, ne pouvant mordre le staemer, les autans
Mettaient nos beaux panaches de fumée en loques…
Un fin sourire (tel ce triangle d’oiseaux
D’exil sur ce ciel gris !) peut traverser mes heures…
»