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Parution Avril 2008
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| Jean-Yves Laurichesse Place Monge Roman 112 p., 14/19. Avril 2008. ISBN 978.2.86853.501.6 16,00 Euros |
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| Un officier de la Grande Guerre retrouve, le temps dune brève permission, son appartement parisien et les traces dun bonheur révolu. Une jeune femme et son fils attendent son retour au fond dune province. Mais la mort est en embuscade et va bientôt frapper, à plusieurs reprises. De cette histoire tragique demeurent des lettres, des photographies, des documents officiels, longtemps enfouis dans un placard humide. Leur découverte reconduira le petit-fils de lofficier à un immeuble de la Place Monge quil pensait nappartenir quà lhistoire littéraire, et qui se révèlera comme le lieu même des coïncidences. |
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| « Paris, 3 mars 1917. À la nuit tombée, un homme traverse la place Monge une mallette de cuir à la main. Il fait froid. La lune éclaire dune lumière blême la place déserte, les branches figées des platanes, la monumentale caserne de la Garde Républicaine. De haute taille, lhomme est vêtu dun manteau dofficier au col relevé, coiffé dun képi. Il sarrête à lun des angles de la place et lève les yeux vers les étages dun immeuble bourgeois. Tous les volets sont clos, mais une faible lumière filtre ici et là par les fentes. Cependant, les fenêtres quil regarde, au troisième étage, sont entièrement obscures. Lhomme reste là un moment, puis il traverse la rue et se dirige vers la haute porte de bois verni, à croisillons de fer forgé, quil pousse. Il disparaît dans lobscurité et la porte se referme sur lui. Dans lappartement désert les jours et les nuits sont passés, les mois, les années. Cétait un appartement confortable, dans le goût de la Belle Époque. Depuis que lépoque a changé, il sest replié sur lui-même dans lattente. La poussière sest déposée en couche dabord fine, puis de plus en plus épaisse sur les meubles, les cheminées, les lampes, les bibelots, les pendules. La lumière par les volets clos na plus été que celle, variable et diffuse, des saisons, des jours de soleil et de pluie, des jours de neige. Du dehors parvenaient affaiblis les bruits de la rue, les sabots du cheval au passage dun fiacre, les cris des marchands sur la place, des enfants sur le chemin de lécole. Parfois, une alerte aérienne déchirait la nuit et allumait aux miroirs des éclairs furtifs. Puis lobscurité et le silence sétablissaient de nouveau. Lappartement retombait dans son enchantement léthargique. Les pendules arrêtées marquaient des heures différentes. Un bruit, en bas, puis un rai de lumière apparaît sous la porte. Quelquun monte lescalier dun pas lourd. On suspend son souffle, très loin dans lavenir. Les pas sarrêtent sur le palier. Le cliquetis dun trousseau, la clé qui tourne dans la serrure. La porte souvre et une haute silhouette sy encadre, se fige sur le seuil. Plusieurs secondes passent. Puis la main trouve sans hésiter le compteur électrique, lenclenche, et la lumière coule soudain du plafond, éclairant le lieu étrangement familier. Lhomme referme la porte derrière lui, se défait de son lourd manteau et laccroche à lune des patères de cuivre depuis longtemps dépouillées. Il ignore son reflet dans la glace et entre dans le salon, y fait la lumière, simmobilise à nouveau, regardant autour de lui. Quelque chose frémit imperceptiblement sous la poussière déposée. Puis il soulève le drap blanc qui recouvre un fauteuil et y laisse tomber son corps fourbu. Des nuages ont caché la lune et la place est noire à présent. Les réverbères sont éteints. De toutes les fenêtres de limmeuble, celles qui tout à lheure étaient obscures laissent seules filtrer un peu de lumière. Des pas pressés séloignent dans la nuit. La ville se rétracte, mais les noctambules vont à leurs fêtes par les rues désertées. Une cloche sonne onze coups dans le silence, sans doute à léglise Saint-Médard. Puis on nentend plus que le murmure distrait de la fontaine aux figures de bronze. Les dernières fenêtres séteignent et limmeuble est à présent un bloc noir dont le toit se dessine vaguement sur le ciel moins sombre. Dans la vallée la nuit est tombée aussi, plus noire, plus ancienne. Il pleut doucement sur les bois, les prés, les vignes. Les lumières sont éteintes aux fenêtres du village. Une maison est au bord de la grand-route qui dans toute sa longueur le traverse : maison bourgeoise à portail de fer entre deux piliers de granit. Par les volets de lune des fenêtres de létage glissent des lames de lumière jaune. Il est tard et quelquun ne dort pas. Parfois un chien aboie dans une cour, une chouette appelle du fond des bois. La pluie piétine légèrement le lourd toit de schistes, les massifs et les allées du jardin obscur, coule sur toutes les petites feuilles des bordures de buis. Onze heures sonnent à lhorloge de la mairie-école, puis à lhorloge de léglise. Très tard la lumière finit par séteindre. La nuit est entièrement noire à présent. » |
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