Parution Avril 2004

 

 

* Gérard Titus-Carmel est né à Paris en 1942. Peintre, dessinateur et graveur, il est considéré comme l’un des artistes les plus significatifs de sa génération. Également écrivain, il est l’auteur d’essais, d’écrits sur l’art, et d’une quinzaine de livres de poèmes, parmi lesquels Travaux de fouille et d’oubli ( Champ vallon, 2000 ), La Rive en effet et Demeurant (Obsidiane, 2000 et 2001 ) Épars (Le temps qu'il fait, 2003).

* Yves Bonnefoy est né à Tours en 1923. Critique, traducteur de Shakespeare et de Yeats, professeur au Collège de France, il est aussi un des poètes majeurs de notre époque dont l’œuvre se déploie sous le signe constant d’un échange entre l’écriture poétique et l’analyse des formes artistiques. Il a publié entre autres Ce qui fut sans lumière (Mercure de France, 1987), Début et fin de la neige (Mercure de France, 1991), La journée d’Alexandre Hollan (Le temps qu’il fait, 1995), L’arrière pays (Mercure de France 1998), Les planches courbes (Mercure de France, 2001).

Yves Bonnefoy & Gérard Titus-Carmel
Feuillées
Essai et peinture. Avec 11 reproductions de Gérard Titus-Carmel.
2004, 64 p., 16/24 cm — 22,00 Euros.
ISBN 2.86853.397.3 – Coédition avec l'Office du Livre en Poitou-Charentes et l'Université de Poitiers.

« Entré dans l’atelier, j’ai pensé aux mots que Mallarmé inscrivit au seuil de sa seconde écriture, celle qui le libéra de ses rêves sinon de ses frustrations : “ Heureusement, je suis parfaitement mort ”. L’art est pour Titus-Carmel ce second degré du rapport à soi qui peut prendre forme dans l’exister ordinaire pourtant sans être, c’est l’alchimie par la vertu de laquelle le « moi » rapatrie et ravive dans le temps propre de la création artistique des moyens de sentir et de penser qui hors de ce devenir ne seraient que richesse vaine et d’avance découragée. Quitte, pour ce moi, à reparcourir en cours de travail les désirs, les contradictions, les souffrances de la personne ordinaire, celle qui reste dans la durée et l’espace comme le langage les noue dans une suite d’énigmes. Rien chez Titus-Carmel qui rappelle l’utopie mallarméenne d’une dissipation de soi, d’un oubli du drame de vivre par simple jouissance de la beauté supposée inhérente au monde des sens. »

Yves Bonnefoy
« (...) Et c'est là comme une main qui se tend vers lui, en ce moment de vertige. Il comprend qu'il peut prendre appui sur ce fait de sa création, aussi peu fondé en être soit celui-ci, pour différer le sentiment du non-être. Quelqu'un existe ici, tout de même, et si dans l'œuvre prochaine ce quelqu'un se souvient de l'étape précédente, s'il totalise, disons même s'il thésaurise, ses inventions, revenant sur elles, les méditant, les impliquant dans sa pensée continuée, il va pouvoir se dresser, littéralement, dans une durée, un destin, sans pour autant sacrifier sa lucidité qui sait l'illusoire et donc le protège d'un surcroît d'errements et en tout cas du mensonge. L'artiste averti de son propre travail a pouvoir de se “ tenir debout ”, de reprendre pied là où personne n'a pied.»