Parution Avril 2006
 

 

* Né à Tournai ( Belgique ) en 1947, Marc Quaghebeur dirige les Archives et Musée de la Littérature à Bruxelles. Son œuvre de création se répartit jusqu’à ce livre sur deux cycles : Les rythmes de la morte, poèmes brefs et visuels, et Les Aires des vieillards, plus phrasé, qui s’accomplit dans La nuit de Yuste. Ses travaux sont consacrés à la modernité littéraire et aux littératures francophones.

Marc Quaghebeur
Clairs obscurs
Petites proses. Collection Lettres du Cabardès animée par Jean-Claude Pirotte
Avril 2006, 96 p., 14/19 cm — 14,00 Euros.
ISBN 2.86853.456.2

C’est une histoire très secrète que raconte ce livre. Elle est éclairée de visions fugitives, de scène d’enluminures, parsemées dans les grandes ombres du Temps.
Les images défilent, entre le trivial et le sublime, le sordide et l’immémorial, comme des inscriptions rupestres dont le mystère et l’évidence nous retiennent et nous échappent. L’auteur nous invite à déchiffrer une partition de signes syncopés dont le rythme est celui du sang, entre « l’émerveillement et la blessure.
La fête-dieu

Aucun souffle. L’août. La torpeur avait plombé le jour. Hommes et bêtes se terrent.
Le hameau prend le chemin d’un domaine remis à neuf. N’était le fils qui s’en vient tard. Et sans la bru.
Silencieux, il entre, défie le père, l’abat.
La mère ne verse pas de larmes. Elle abaisse son beau visage vers le cadavre et lance : « Jamais je ne te pardonnerai d’avoir fait de mon fils un assassin ». Elle prend un verre.
Les vieilles rappelèrent l’adage. Le présage.


La Cloche

Sous les solives, tel un iris, il l’a aimée.
Ils prennent les chemins d’un pays où les écluses semblent attendre des nefs que seule leur restituera la brume. Chaque escale leur est voyage aux barges de leurs histoires respectives. Au large de leurs corps, de leurs blessures.
Elle lui propose d’unir leurs vies. Nouée sa réponse fuse. Elle vient d’une obscure zone défensive. D’une incurable volonté.
Peu après, il retrouve la clef de la dernière chambre qu’ils ont occupée. Un bourdon de bois l’alourdit.
Sa compagne descend d’une lignée d’hôteliers. De cet emblème, ils avaient fait leur enseigne.