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Parution Avril 2004
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| Gérard Farasse Belles de cadix et d'ailleurs Proses. 120 p. 14/19. 2004. ISBN 2.86853.392.2 14,00 Euros |
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Éros, lenfant joueur, le petit dieu ailé et volage fait flèche de tout bois. Peut-être est-ce cela, écrire : décocher des traits pour faire entrer les objets dans la ronde, dans le monde. Ils apparaissent ; ils disparaissent. Ils sortent des coulisses ; ils y retournent. Trois ptits tours et puis sen vont. La scène ne reste jamais longtemps vide. Il y en a tant et tant qui ne demandent quà occuper la place de lobjet désirable.
Sans doute est-ce pourquoi ce livre déborde. Il déborde de femmes, comme autant dintensités que les mots ont sauvées : une belle ténébreuse, sainte Blandine, la femme-reptile, une voyageuse, sainte Thérèse ( de Lisieux, hélas ), une chinoise, Diane, la Felice de Franz Kafka, la Vierge Marie ( trois fois, comme il se doit ), Fréda, une hôtesse de lair, Aziyadé, une joueuse de cerf-volant, la timbalière Aïko, sans oublier, bien sûr, la belle de Cadix. Toutes celles qui peuplent le monde, en somme. Sur la terre comme au ciel. Écrivant Belles de Cadix et dailleurs, Gérard Farasse na pas eu dautre dessein que de fixer des sensations incertaines, des scènes singulières, des rencontres improbables, tous ces menus événements qui se trament dans lordinaire de nos journées et à qui sait les surprendre en désorientent la monotonie. Autant dencoches psychiques, autant de battements de cur. Ces petites proses, ou bouffées démotion, constituent une manière dencyclopédie des interstices. |
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Y a-t-il geste plus émouvant que celui de cette jeune femme dressée sur la pointe des pieds et qui s'efforce de caser sa valise, là-haut, dans le filet, au-dessus de la place qu'elle occupera dans le wagon ? Elle se déplie complètement, comme une plante se développe en accéléré dans les documentaires botaniques à vocation pédagogique, et s'offre pleinement à la vue, sauf, maintemant, le haut du corps, qui est caché par son bagage; mais cette occultation provisoire est largement compensée car son effort découvre un peu de peau encore enfantine qui fait comme une éclaircie entre le bolero et la ceinture. La bonne éducation voudrait qu'on se précipite aussitôt pour l'aider mais se priverait-on sans regret de la vision touchante de ces poignets graciles que met en valeur la maligne pesanteur de la valise ? Aussi reste-t-on assis, à admirer leur finesse. On gâche aussi une occasion facile de faire connaissance, mais les plaisirs de la contemplation ne le cédent en rien à ceux, éphémères et grossiers, du contact. |
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