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Parution Avril 2006
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| Françoise Pétrovitch & Éric Pessan Sage comme une image Fiction traversée par quelques uvres de Françoise Pétrovitch. 2006, 176 p., 16,2/23 cm 32,00 Euros. ISBN 2.86853.460.0 Coédition Les Pérégrines. |
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| À partir dobjets familiers, de nouvelles du jour, de récits de vies ordinaires dont elle sempare, Françoise Pétrovitch pratique la transformation à vue, lenchantement, le trouble, lassociation libre, et nous fait perdre pied : observation, légèreté et subtilité alliées à une pointe de perversité, de malice et de vivacité et nous glissons dun monde à lautre sans nous en apercevoir, létrange devient évidence et notre ombre un drôle danimal. Lécriture dEric Pessan dans cette courte nouvelle qui se tisse en écho avec les uvres de lartiste, prend elle-même ici des chemins de traverse et nous emporte dans son propre registre, jouant en contrepoint, pour ouvrir sur lenvers possible du monde. Cest ainsi que ce livre devient au fil des pages, le récit dune double pénétration dans limage : celle dune uvre qui se développe et affirme son caractère détrangeté, et celle parallèle dune écriture autonome qui se joue des images dans la double dimension du réel et du rêve. |
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| « Un regard de biais : Ils ont effacé toutes traces de ce qui sest passé ici ; avec un soin vigilant, ils ont détruit les indices, ils ont gommé les empreintes, et se sont contraints à perdre leur mémoire. Récemment ils ont achevé le travail, ils soufflent dagacement en parlant de ma sur, à elle la faute, à elle lerreur. Le doute, ils lont méticuleusement concassé, déchiqueté, annihilé. Ils ont dominé leur perplexité, lont laminée, enterrée, broyée. Se sont offert une mémoire toute neuve et cest comme si rien navait eu lieu. Rien, personne, jamais, nulle part. Presque comme si ma sur navait pas existé. A table, ils sefforcent déviter la chaise vide, le creux, labîme. Elle a eu tort, jentends parfois, et je peine à mâcher. Moi, qui ne vois quelle, la chaise inoccupée avec, flottante et scintillante, la silhouette vaporeuse de ma sur en surimpression. Comme un tournoiement de poussières dans une lumière rasante. Comme une concrétion dair et de souffles. Sûr que si je me penchais au-dessus de sa chaise, je masphyxierai, sûr quil ny a plus une molécule doxygène en suspension. Les photos où elle apparaissait ont disparu du buffet et des tables de chevet ; plus aucun danger de penser à elle en croisant par mégarde son image obsolète. Moi, je nefface rien, je sais que je serai la prochaine. |
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| Le déjeuner du samedi : Dans le brouhaha des mastications, tonton, une nouvelle fois, me prend sur ses genoux. Il demande si peu mon avis, agrippe mon bras, me tire à lui et massoit sur ses cuisses. Papa, maman, papi, mamie, tout le monde moque mon cri de surprise et mon regard danimal paniqué. Menfuir si je peux, mais il me serre. Ses doigts entourent mon bras, me cadenassent dune poigne que je ne suis pas de force à délier. De nouveau, je crie. Trop fort, puisque papa me dit de me taire. Je lui casse les oreilles, me dit papa. On ne sentend plus, me reproche papi. Un vrai vermisseau, remarque tonton, et il pose sa large main sur ma cuisse. Gracieuse, dun blanc ondoyant, elle apparaît, je la distingue parfaitement sur le chemin. Elle est femelle, je le ressens. Elle trotte vers la maison, ne se presse pas, on dirait plutôt quelle se place volontairement dans mon champ de vision, face à la fenêtre, sa tête visible entre les rideaux. Elle regarde au loin, son museau frémit, un soubresaut des muscles fait comme une vague sous son pelage laiteux. Vient-elle me délivrer ? Une vraie sauvage, minaude tonton à mon oreille, pas moyen davoir un câlin. Et sa main gauche toujours sur ma cuisse alors que de la droite il enserre mon bras. A table, ma détresse na aucune consistance, mes pleurs sont transparents, inodores, les conversations ont repris. Je ne veux pas pleurer, je ne veux pas me faire traiter de chochotte. Je me tords et tonton resserre la pression sur mon bras, je laisse échapper un petit gémissement de douleur. Personne ne relève la tête de son assiette, je pourrais tout aussi bien ne pas exister. Jai mal, je hurle, Lâche-moi. Papi rigole. Maman rigole. Papa aussi. Mamie se lève pour desservir. Lâche-là, fait-elle, elle nous casse les oreilles. |
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| Exposition des uvres de Françoise Pétrovitch à la Fondation pour lart contemporain, Espace Écureuil, Place du Capitole à Toulouse du 8 avril au 20 mai 2006. | |||||||||||||||||||||||