Parution Avril 2005
 

 

* Gilles Ortlieb est né en 1953 au Maroc. Ses premiers textes ont été publiés à la N.R.F en 1977, il est aussi traducteur de Constantin Cavafy, Georges Séferis, Mikhaïl Mitsakis ...Auteur de poèmes, de récits et de carnets, il a notamment publié à nos éditions : Soldats et autres récits (1991), Gibraltar du Nord (1995) et La nuit de Moyeuvre (2000), Sept petites études (2002) ainsi que aux éditions Gallimard Place au cirque (2002).

Gilles Ortlieb
Meuse Métal, etc
Poèmes.
Avril 2005, 88 p., 14/19 cm — 13,00 Euros.
ISBN 2.86853.427.9

« Sans emphase et, dirait-on, avec juste ce qu’il faut d’exotisme pour ne pas non plus s’y attarder, les poèmes rassemblés ici se donnent à lire comme un journal intermittent de l'éphémère et, souvent, de l'à peine perceptible, tout à la quête de points d'appui ou sentiers praticables. On ne s'étonnera pas, au vu des précédents livres de l'auteur, que ceux-ci traversent dans plusieurs sens les paysages de l'Est (où il vit) et, dans toute leur longueur, quelques rames de chemin de fer, se contentent d'autres fois du trajet qui va de la fenêtre à la table, en sinuant entre l'ici et l'ailleurs comme entre aujourd'hui et hier. Le lecteur y retrouvera, dans tous les cas, un système de signaux sensibles, de balises discrètes et, de loin en loin, reconnaisables.

  Reliques

sur un terre-plein à nouveau déserté :
une boucle de ceinturon, une cuillère
à thé trouée, une carte-vue défraîchie,
une infime tête de poupée, en plastique,
et une pince à linge désarticulée autour
de sa vertèbre métallique ; éparpillées
sur le sol entre les pavés comme débris
alimentaires dans une dentition, parmi
lesquels s’activaient une demi-douzaine
de pigeons. Entre bourrasques et carillon
fluet s’échappant de Notre-Dame de Bon
Secours avec une émouvante clarté, pour
délivrer l’heure à deux pas de la Maison
du Moteur
et d’un ex-Palais du Pantalon
dont le pignon, amputé de trois lettres,
s’obstinait pourtant à en garder le P l i .
Meuse Métal

peut-on lire sur un pignon, au-dessus d'une péniche chargée de ferraille et immatriculée à Hambourg, dont le sillage en V reproduit à l'identique (toutes proportions gardées, s'entend) celui d'un cygne remontant le courant en direction de la rive, à trentre mètres de là. Ne les aurai-je pas assez vus et observés, ces wagons à l'abandon, aux vitres crevées, avec entassement d'essieux et de tire-fond rouillés, et ces barques à demi noyées sur un étang de pêcheur, et ces gammes de rousseurs courant en bordure des voies ? Spectacle su, pour ainsi dire par cœur que viennent parfois distraire d'infimes distorsions optiques dans le coin d'une fenêtre, et qu'on surveille distraitement comme les feuilles des talus, entre oxyde de fer et rouge sang.