Parution Avril 2004

 

Lorand Gaspar est né en 1925 en Transylvanie, il entre à l'École polytechnique de Budapest en 1943. Déporté pendant la guerre, il fait ses études de médecine à Paris. Chirurgien de l'hôpital français de Jérusalem durant seize années, il pratique ensuite au C.H.U. Charles-Nicole à Tunis.Il est poète (Le quatrième état de la matière, 1966; Sol absolu, 1972; Égée suivi de Judée, 1993; Patmos, 2001), prosateur (Approche de la parole, 1978; Feuilles d'observation, 1986; Apprentissage, 1994; Arabie heureuse, 1997), essayiste (Histoire de la Palestine, 1968) et traducteur (D.H. Lawrence, Pilinsky, Rilke, Séféris, Riley).
Également photographe, exposé régulièrement dans le monde depuis 1965, il a publié à nos éditions deux livres accompagnés de ses photographies : Carnets de Patmos (1991) et Carnets de Jérusalem (1997) et plus récemment en compagnie de James Sacré : Mouvementé de mots et de couleurs (2003).
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Collectif
Cahier Lorand Gaspar
Textes, études et témoignages
sous la direction de Daniel Lançon
2004, 412+32 p., 16,5/24 cm — 30,00 Euros.
ISBN 2.86853.394.9

À la fin des années soixante, en pleine émergence des littératures contemporaines, un homme qui écrivait en hongrois dès l’âge de onze ans, décide, une dizaine d’années après l’achèvement de ses études de médecine en France, de rédiger ses réflexions de chirurgien
et ses premiers poèmes en français. Des pages du futur Quatrième état de la matière paraissent à Londres et à Bruxelles et l’auteur est bientôt révélé à Paris. Depuis, les reconnaissances culturelles n’ont pas manqué, lui donnant rendez-vous avec l’histoire des Lettres françaises, et avec de nombreux lecteurs.

Ce volume se voudrait l’illustration du parcours de ce Magyar vivant dans le monde arabe et en France, ayant porté très haut la relativité culturelle heureuse tout en étant resté constamment fidèle à ce qu’il y a de plus optimiste dans la relation de la francité à l’universalité possible. Lorand Gaspar attire dans la langue française le poème hongrois, grec, allemand ou anglais, la réflexion italienne, de même ses traducteurs l’introduisent-ils dans leurs nations littéraires. À rebours d’un cosmopolitisme fruit d’éclectismes qui ne sont bien souvent que des positions de confort socio-intellectuel, l’auteur maintient l’exigence d’un chant du monde en des lieux de souffrance, quotidienne, privée ou collective, position que l’on sait si difficile à tenir.

Au sommaire, textes de Suzanne Allaire, Christine Andreucci, Yves Bonnefoy, Colette Camelin, Sarah Clair, Dominique Combe, A. P. Coutinho Mendes, Claude Debon, Jean-Yves Debreuille, Heather Dohollau, Michel Favriaud, Jean-Louis Florentz, Moncef Ghachem, Jean Grosjean, Yves Leclair, Michel Ledoux, Jean-Pierre Lemaire, Roger Little, Patrick Née, Leopold Peeters, Philippe Rebeyrol, Jacques Réda, Madeleine Renouard, Richard Stamelman. Pein-tures et dessins d’Étienne Hajdu, Alexandre Hollan, Henri Michaux, T’ang. Nombreux textes et photographies inédits de Lorand Gaspar. Iconographie, bibliographie complète.
Monastère


Peut-être une faille qu'ouvrait
Dans le flanc rocheux le silence

souffle qui fut là de toujours
poumon clair d'esprit dans la pierre

levant le pain très blanc d'un cri
dans le corps sombre des basaltes –

fenêtre éclose dans nos mots
l'esprit indivis parlant à l'esprit

un troupeau paisible de chèvres
broute l'odeur du vent salé

falaise et mer, corps et visages
plis et creux d'un même rayonnement

le mutisme soudain des eaux
dépliant d'un coup l'inimaginable –


Lorand Gaspar