Parution Mai 2007
 

 

* Antoinette Dilasser est née en 1929 et vit en Bretagne. Auteur de textes sur la peinture, elle a également collaboré à l’édition des Œuvres de Rabelais ( C.N.R.S. ), et publié Nadar ( avec Jean Prinet, Payot, 1966 ), Le passage ( Julliard, 1993 ), D et Journal hors temps (tous deux avec François Dilasser, Le temps qu'il fait, 2003 et 2004) ainsi qu Histoires de Louis (Le temps qu'il fait, 2005).

 

Antoinette Dilasser
Les vraies images
Récit.
2007. 128 p., 14/19 cm. — 16,00Euros
ISBN 978.2.86853.481.1

« Les vraies images : peu à peu elles ont pâli, gagné la rigidité des photos. Je peux dire “ il y avait ”, “ il y eut ”, sans pourtant que cela revive comme je voudrais, même si je m’y efforce, surtout si je m’y efforce. Peinture que l’on croit raviver et qui s’altère. Les “ scènes ” de la vie de Mathilde sont presque devenues des souvenirs, comme si j’avais été là. Les années d’Yvonne n’ont guère de scènes. Un long temps, continu, dans une certaine lumière… »
Avec retenue et obstination, Antoinette Dilasser prête sa voix aux silencieuses, aux muettes, aux femmes innombrables qui ont traversé l’existence dans le sacrifice de soi et furent marquées par la pauvreté, la guerre, et souvent humiliées par la vie.
« Le grenier je ne l’ai jamais revu. Outre la trappe qui y menait, il y avait au second étage la chambre de Jeanne interdite à ma curiosité. Il m’est arrivé souvent, depuis, de rêver que j’entre dans la chambre de Jeanne, et qu’ensuite par un jeu compliqué d’échelles j’accède au grenier, mais avant que je découvre ce que j’y suis venue chercher je m’éveille.
Sur le plateau de toile de la malle ouverte étaient rangés une ombrelle, des gants. Ombrelle d’une moire très jaunie, le tissu craquait. Occupée de l’ombrelle ai-je prêté moins d’attention au reste ? Sous le plateau il y avait une robe noire et blanche ou grise et blanche, de ce tissu qu’on disait pékiné. Couchée comme une femme couchée sur le dos, les bras pliés sur la poitrine. Dessous, des robes de tissu plus grossier, noires. J’ai demandé à Yvonne à qui appartenait la robe à raies, elle a dit, je crois : c’était une robe à ma mère, ou peut-être : à maman. Je crois. Elle ne voulait pas que j’y touche.

Robe, du germanique rauba, vêtement dont on a dépouillé quelqu’un. Couchée comme si elle se souvenait du gonflement d’un corps. Robe à la mode d’un certain temps passé. Ornée. Non la bure ou la laine mais la soie. Sur ce corps alors de jeune femme, en ce temps où elle fut une jeune femme aimée, en ce temps bref. Dans les greniers on trouve des robes de mortes, des robes portées au printemps et qui leur faisaient la taille fine, des robes pour leurs hommes. »