Parution Mai 2005

 

Jean-loup Trassard est né à la campagne, l'été 1933. Il publie pour la première fois dans la N.R.F. en 1960 puis, à partir de l'année suivante, plusieurs récits chez Gallimard. Outre quelques livres de proses, nous avons publié dans la série “ Textes & Photographies ” Territoires (1989), Images de la terre russe (1990), Ouailles (1991), Archéologie des feux (1993), Inventaire des outils à main dans une ferme (1981 & 1995), Objets de grande utilité (1995), Les derniers paysans (2000) La composition du jardin (2003), . Après Dormance en 2000, il a fait paraître chez Gallimard en 2004 La déménagerie.

 

Jean-Loup Trassard
Nuisibles

Texte et photographies
64 p., 16,5 /24.
Mai 2005. ISBN 2.86853.430.9
21,00 Euros

Tirage de tête : 30 ex. numérotés, accompagnés d'une photographie originale signée par l'auteur. 90,00 euros

  « À peine des pas, entendus après leur retour, lequel se fit au sombre du matin. Parfois on écrase bois morts et broussailles, on ne prend aucune précaution, ils mesurent cela un moment, puis c'est passé. Mais le piétinement atténué qui tourne, ici, là, de plusieurs peut-être, et ne s'éloigne pas, les met encore aux aguets. Bruit de serpe qui tranche la broussaille, les tiges grognent sur le coupant, les racines vibrent. Chaque entrée secrète va paraître. On y frappe, ah ils y sont déjà ! Lours bruit mat. Ainsi perçoivent-ils, sans doute, celui d'une grosse pierre jetée dans la terre molle. Ils savent maintenant l'attaque, n'oublient pas, dans leur sang, combien de mères ont dû sacrifier un de leurs petits pour tenter de sauver les autres.»
« La pente légère sur le flanc ouest de la maison et celle-ci, plus longue, plus accentuée, vers le sud, m'ont offert en un jet la vision du parti à prendre : c'était par terrasses successives que je devais procéder, ce qui, pour chaque endroit, obligeait d'œuvrer à la fois sur dedans et dehors, c'est-à-dire sur l'étage du haut et l'étage du bas, un mur les reliant. Avec les larges et hautes fenêtres annoncées par l'architecte qui faisaient de la façade (et de celle exposée au nord tout autant) une dentelle ouverte à la lumière, j'avais la certitude que le jardin serait aperçu de l'intérieur, et même regardé, en presque permanence. Même aux heures où le froid tiendrait la famille et ses hôtes devant les cheminées. Pour les visiteurs de marque qui auraient vue sur le jardin, peut-être y accéderaient par privilège d'avoir été introduits d'abord dans la demeure, il convenait que l'ordonnance présentât au premier coup d'œil une noblesse certaine. J'en voulais le dessin sobre, de juste goût, toute autre prétention aurait tué l'ouvrage. »
« Nous, on est là dans le jour humide, accrochés à la pente, les murmures sont le plus bas possible, les terrassiers n'ont pas encore creusé, les tireurs n'ont pas eu à tirer, on regarde la terre débarrassée des ronces, mais c'est en dedans que ça se passe. Des fois le chien abeuye en clair, d'autres fois le so est étouffé. À pattes torses ce chien-là, basset d'Artois dit le propriétaire. Le premier qui a visité est griffon vendéen, à poil long et dur, mais basset tout de même. Ceux qui attendent sont allemands, regardent vers le haut. Le propriétaire, lui, guette au trou, pour cas où son chien s'en reviendrait. »