Parution Mai 2007
 

 

* Né en 1952, Patrick Cloux, après avoir été longtemps libraire à Clermont-Ferrand et dans des librairies de taille bien différentes. Il est actuellement représentant pour les éditions Actes Sud dans la région Rhône-Alpes, après s'être occupé des libraires de « second niveau » de Paris et de Province. Sa sensibilité buissonnière l’a conduit à écrire des livres inclassables, entre la chronique et l’essai poétique, d’une grande liberté de construction et d’écriture. Les quatre premiers ont paru à nos éditions : Dans l’amitié du merveilleux en 1989, Marcher à l’estime en 1993, Le lièvre de mars en 1994 et Le grand ordinaire en 1996. Les deux plus récents sont Un domaine dans le vent (La table ronde, 2002), Un vin de paille (Stock, 2004) et Un cheval Deux traits (Le temps qu'il fait, 2006).

 

Patrick Cloux
Mon libraire, sa vie, son œuvre
Récit.
2007. 176 p., 14/19 cm. — 15,00Euros
ISBN 978.2.86853.491.0

« Mon libraire est contagieux. Ne l’approchez pas, il pourrait vous donner l’envie de lire.

Ce lexique ( 80 entrées ) est écrit sur un ton tour à tour précis, attendri, grave, primesautier. Bien que délibérément subjectif, il est assez documenté, nourri d’expériences vécues et de franches rencontres pour permettre aux lecteurs d’attachement de mieux saisir les quelques beaux enjeux d’un métier assez peu célébré.
Depuis hier, aujourd’hui, mais également pour demain, le livre — qui est, plus que jamais, en question — a tout à gagner à être mis entre de bonnes mains par des gens de généreuse compagnie pour qui la lecture est, plus encore que la profession, une véritable façon d’être.
Amitié

 

« Le ( ou la ) libraire est un commerçant comme les autres. Seulement un peu plus susceptible… Contraint de parler beaucoup pour convaincre, il n’espère pas gagner grand chose à tant d’efforts. Subtilement condamné à l’ellipse, voire au silence s’il veut continuer à vendre, ce perturbateur du repos public dort mal. Que penser simultanément et en moins de trois minutes de Houellebecq, de Laurens, de Brialy, d’Adorno, de Stephen King, de Deleuze, de Georges Sand et du dernier Mankell ? Ce don d’ubiquité, le pape lui-même ne l’a pas.
Un bon libraire doit être branché, au moins bon conducteur du courant. Il est sensible aux écarts de température. Trop chaud, il se liquéfie. Trop froid, devient gélif et s’effeuille. Il lui faut comme Gracq ou Rouaud un petit temps de pluie relatif, provincial et tristounet, propice à la lecture, à l’abandon discret au fauteuil inspiré du clan Campbell.
Les livres prennent alors un climat ( dixit Maurois ), un tanin, une saveur maltée. Attention, pendant les travaux de lecture de ses affidés, la vente continue. On le retrouve à la fin du dernier chapitre lors de notre passage hebdomadaire, en pleine bourre, ne sachant pas où donner de la tête. Entre-temps, lui n’a pas arrêté.
En moraliste, Georges Perros, souvent dubitatif, s'interrogeait dans ses Papiers collés, sur l’évidente diffculté d’être « l’ami d’un prêtre, d’un communiste, d’un médecin ». Tandis qu’avoir un copain libraire, voilà qui vous pose. En ces temps futiles et petitement livresques, c’est un must, qui permet d’aller dîner en ville, protégé des turpitudes de l’actualité, au creux d’un secret plus large. — « Lis plutôt Istrati — il vient d’être réédité —, John Berger ou Percival Everett ». Le livre devient du coup un parcours orienté, un adoubement complice et fraternel. Sans faux semblant, la conversation suit d’autres lignes de conduite.
L’usage pertinent du libraire en privé est des plus salutaire.»