|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|

* Né en 1952, Patrick Cloux, après avoir été longtemps libraire à Clermont-Ferrand et dans des librairies de taille bien différentes. Il est actuellement représentant pour les éditions Actes Sud dans la région Rhône-Alpes, après s'être occupé des libraires de « second niveau » de Paris et de Province. Sa sensibilité buissonnière la conduit à écrire des livres inclassables, entre la chronique et lessai poétique, dune grande liberté de construction et décriture. Les quatre premiers ont paru à nos éditions : Dans lamitié du merveilleux en 1989, Marcher à lestime en 1993, Le lièvre de mars en 1994 et Le grand ordinaire en 1996. Les deux plus récents sont Un domaine dans le vent (La table ronde, 2002), Un vin de paille (Stock, 2004) et Un cheval Deux traits (Le temps qu'il fait, 2006).
|
|
|
|
|
« Mon libraire est contagieux. Ne lapprochez pas, il pourrait vous donner lenvie de lire.
Ce lexique ( 80 entrées ) est écrit sur un ton tour à tour précis, attendri, grave, primesautier. Bien que délibérément subjectif, il est assez documenté, nourri dexpériences vécues et de franches rencontres pour permettre aux lecteurs dattachement de mieux saisir les quelques beaux enjeux dun métier assez peu célébré.
Depuis hier, aujourdhui, mais également pour demain, le livre qui est, plus que jamais, en question a tout à gagner à être mis entre de bonnes mains par des gens de généreuse compagnie pour qui la lecture est, plus encore que la profession, une véritable façon dêtre.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Amitié
« Le ( ou la ) libraire est un commerçant comme les autres. Seulement un peu plus susceptible
Contraint de parler beaucoup pour convaincre, il nespère pas gagner grand chose à tant defforts. Subtilement condamné à lellipse, voire au silence sil veut continuer à vendre, ce perturbateur du repos public dort mal. Que penser simultanément et en moins de trois minutes de Houellebecq, de Laurens, de Brialy, dAdorno, de Stephen King, de Deleuze, de Georges Sand et du dernier Mankell ? Ce don dubiquité, le pape lui-même ne la pas.
Un bon libraire doit être branché, au moins bon conducteur du courant. Il est sensible aux écarts de température. Trop chaud, il se liquéfie. Trop froid, devient gélif et seffeuille. Il lui faut comme Gracq ou Rouaud un petit temps de pluie relatif, provincial et tristounet, propice à la lecture, à labandon discret au fauteuil inspiré du clan Campbell.
Les livres prennent alors un climat ( dixit Maurois ), un tanin, une saveur maltée. Attention, pendant les travaux de lecture de ses affidés, la vente continue. On le retrouve à la fin du dernier chapitre lors de notre passage hebdomadaire, en pleine bourre, ne sachant pas où donner de la tête. Entre-temps, lui na pas arrêté.
En moraliste, Georges Perros, souvent dubitatif, s'interrogeait dans ses Papiers collés, sur lévidente diffculté dêtre « lami dun prêtre, dun communiste, dun médecin ». Tandis quavoir un copain libraire, voilà qui vous pose. En ces temps futiles et petitement livresques, cest un must, qui permet daller dîner en ville, protégé des turpitudes de lactualité, au creux dun secret plus large. « Lis plutôt Istrati il vient dêtre réédité , John Berger ou Percival Everett ». Le livre devient du coup un parcours orienté, un adoubement complice et fraternel. Sans faux semblant, la conversation suit dautres lignes de conduite.
Lusage pertinent du libraire en privé est des plus salutaire.»
|
|
|