Prix Apollinaire 2001
Alain Lance
Temps criblé
Poèmes 1962-1999
Mai 2000. 144 p., 16,5 /24 cm
. 14,50 Euros
Coll. Les analectes ( Coédition Obsidiane & Le temps qu’il fait )
ISBN 2.86853.323.X
 

* Né en décembre 1939 près de Rouen, Alain Lance passa sa prime enfance dans Paris occupé, avec retours fréquents en Normandie. Commence à écrire en 1956 à Tübingen, rencontre peu après Philippe Soupault, puis les animateurs de la revue Action poétique. Longs séjours en Iran et à Berlin-Est. Traducteur de l’allemand ( Volker Braun, Christa Wolf... ). Vit actuellement à Paris, où il dirige la Maison des Écrivains.

 

Il a publié :
Ouvert pour inventaire
éd. Belfond (1984)
Distrait du désastre
éd. Ulysse fin de siècle (1995)
Une anthologie lorraine
éd. Serpenoise (1995)


Temps criblé apparaît dans un bref poème en prose de celui qui propose l’anthologie ainsi intitulée. Et ce participe passé, qui évoque aussi bien le sens de « passé au tamis » que celui de « transpercé, accablé d’une quantité de maux », mettra sans doute en évidence, dans cet ensemble, quelque chose comme des impacts, des traces d’une certaine guerre, la seconde mondiale qui, même si elle ne fut vécue que dans la conscience diffuse de ses toutes premières années, a marqué l’auteur de son fracas et de son angoisse. Et laissé chez lui la nécessité de conjurer, par le jeu des mots, ce fracas, cette angoisse. Parmi d’autres, un poème des années quatre-vingt renvoie à cette expérience enfouie :

Parfois des choses
À l’étale de la nuit
Sont reprises par l’avide attraction

La chute est limitée
Le plancher résiste

Mais du puits de l’enfance
Tu remontes un seau de peur

Ce livre présente, parmi environ trois cents poèmes publiés, un choix établi chronologiquement à partir de Les gens perdus deviennent fragiles
(1970) jusqu’à Distrait du désastre (1995), complété par des poèmes plus récents, parus en revues ou en anthologies, ainsi que par des inédits.
Ouvrage publié avec le concours du Centre National du Livre.


«
En songeant à cette période du début des années soixante — nous sortions de la désastreuse guerre d’Algérie —, je me souviens qu’à l’exception de quelques auteurs comme Max Jacob et Henri Michaux (dont les réussites rendent d’ailleurs vaines, me semble-t-il, les discussions sur la légitimité du poème en prose), presque tous mes poètes de chevet sont alors des étrangers. Je lis, en traduction française bien sûr, Vitezslav Nezval, Attila Jozsef, Ilarie Voronca, Nazim Hikmet.
Et, de plus en plus, les Allemands, Brecht surtout. Je rencontre Volker Braun en 1964 et commence à le traduire. Je souligne l’importance qu’ont eu, qu’ont toujours pour moi cette amitié et la familiarité peu à peu acquise avec sa langue, sa poétique. Le détour par l’étranger et l’exercice de la traduction resteront dès lors une donnée constante de ma vie et de mon écriture. Plus tard, d’autres horizons prolongent cette expérience de l’éloignement, sans désir /
De la parenthèse. Ainsi c’est dans la distance d’un séjour de deux ans en Iran, marqué par la découverte de la poésie persane, que je renoue aussi avec la famille poétique française en lisant intensément Reverdy, Desnos, Queneau, Guillevic, Frénaud, Bonnefoy et, un peu plus tard, mais avec une prédi-lection secrète qui ne s’est jamais démentie, Jean Follain. On dit que Vallejo se serait exclamé un jour : “Je suis parti pour l’Europe et j’ai appris à connaître le Pérou.” »