Parution Mai 2006

Gérard Macé est né à Paris en 1946. Il est traducteur d’Umberto Saba, de Léopardi, de Thomas de Quincey... Son œuvre se répartit en une quinzaine de petits livres publiés chez Gallimard dont Le jardin des langues (1974), Ex libris (1980), Vies antèrieures (1991), La mémoire aime chasser dans le noir (1993), et plus récemment Illusions sur mesure (2005). Il a publié à nos éditions Le singe et le miroir(1998), La photographie sans appareil (2001), Mirages et solitudes (2003) ainsi que Un monde qui ressemble au monde chez Marval. Depuis 1997, son travail de photographe a été régulièrement présenté (Siège des Rencontres Photographiques à Arles en 1997, Médiathèque de Poitiers en 1999, French Cultural Delegation à Cambridge en 2000, Galerie Camera Obscura à Paris en 2001). Un Cahier lui a été consacré à nos éditions en 2001 sous le titre Images et signes.

Gérard Macé
Éthiopie, le livre et l'ombrelle

Textes & photographies
112 p., 16,5 /24.
2006. ISBN 2.86853.457.0
25,00 Euros

Tirage de tête : 30 ex. numérotés, accompagnés d'une photographie originale signée par l'auteur. 125,00 euros
L’Éthiopie, pour les archéologues et les historiens, c’est le territoire de notre ancêtre Lucy. Pour le lecteur de poésie, c’est la dernière destination de Rimbaud.
Mais l’Éthiopie est aussi une civilisation au confluent du Nil et de la mer Rouge, dont l’histoire est écrite depuis l’Antiquité. Or la civilisation, en Éthiopie comme ailleurs, c’est ce qui a résisté aux invasions, aux massacres, aux politiques désastreuses, aux épidémies, aux famines et même à l’oubli. La civilisation en Éthiopie, c’est l’invention d’une histoire, des croyances qui se complètent ou se contredisent, des manuscrits qu’on interprète, c’est aussi ce qu’il y a de plus précaire et de plus manifeste : une façon d’être ensemble, de marcher le long des routes, de porter un enfant, de mener un troupeau, de croiser un regard et de parler aux bêtes. C’est la survivance de l’Antiquité dans les gestes et la démarche, alliée si souvent à la peur du lendemain… »
Pour l’essentiel, c’est l’Éthiopie chrétienne, celle des hautes terres, qui est présente dans ce livre. Pour autant, je n’ignore pas que l’Éthiopie est un pays multiconfessionnel, ainsi qu’en témoigne une salle du Musée d’Addis-Abeba, où sont mis sur le même plan le christianisme, l’islam, le judaïsme et l’animisme.
« On n’est déjà plus très sûr que Lucy soit une femme, que Tumaï appartienne à l’espèce ( mais un homme se résume-t-il à son anatomie ? ), et le terme d’hominidé laisse d’ailleurs une grande marge, dans une défnition forcément très lâche, aussi flottante qu’une chronologie où l’on jongle avec les milliers d’années. Un jour ( mais on aura trouvé d’autres squelettes, et peut-être très loin de l’actuel terrain d’aventures ), le carbone 14 lui-même aura l’air d’une antiquité, d’une vieillerie peu Wable, et nos récits datés seront remplacés par d’autres.
En attendant que l’on se décide enfin, sur le point de savoir si nous nous sommes lentement séparés du singe, ou si nous sommes sortis de l’eau comme les crocodiles pour nous sécher au soleil et nous redresser fièrement ; en attendant que l’on abandonne l’idée naïve d’un début du commencement, d’un instant zéro, d’une cause d’où viendraient toutes les conséquences, l’Éthiopie peut se réjouir d’être à l’origine du monde, ce qu’elle avait pensé sans attendre les preuves trouvées dans le rift, cette faille qui ressemble à deux grandes lèvres.
»
« C’était il y a longtemps, dans une jeunesse qui semble remonter aux premiers temps du christianisme, tant le drapé de leur habit, leurs gestes lents et répétitifs, la clé en bois et le chasse-mouches qui pendent à leur ceinture, ont peu changé au cours des siècles. Et c’est machinalement qu’ils demandent l’aumône, ce qui ne les empêche pas de vérifier d’un œil averti, bien que myope, si la somme est suffisante. »