Parution Mai 2005

*Née en 1960, Frédérique Aguillon vit et travaille en Bretagne. Régulièrement exposée depuis 1990, elle a collaboré à diverses revues et ouvrages collectifs et conduit des ateliers de pratique artistique en milieu scolaire. Organisatrice et programmatrice du Festival Mai-Photographies de Quimper. Elle a publié Passeur solitaire (Coop Breizh, 1996) et Chroniques marquisiennes : la philosophie du rivage (L'Harmattan, 1997).

 

Frédérique Aguillon
Ceci est mon corps

Texte et photographies
64 p., 21/25.
Mai 2005. ISBN 2.86853.423.6
22,00 Euros
Avec 28 photographies reproduites en 2 tons et vernis sélectif.
Tirage de tête : 30 ex. numérotés, accompagnés d'une photographie originale signée par l'auteur. 85,00 euros

  « Assise sur le sol de cette autre chambre, je fais face de nouveau à l’objectif. Peu de choses ont changé, mais les rencontres journalières avec l’appareil m’ont amenée à préciser la scène. Autour de moi, une large feuille de papier blanc sur laquelle je suis assise ; une lumière du Nord tombant de la fenêtre, au-dessus de moi. Rien de plus, hormis cet “ œil sensible ” auquel je dois faire face.
« Et pour la première fois l’étonnement de ne pas cadrer, de ne pas voir les images venir à moi, de ne pas regarder ce cadre se remplir intensément, et le sens doucement monter par la vision (…).
« (…) Une fureur monte de l’en-dessous ; traverse toutes les couches de matière. Bouscule, écrase tout sur son passage. Rien n’arrête cette force-là. Libérée, l’ouverture est béante. Plus qu’une déchirure, un cratère hurlant. »

« Toute mon histoire est liée à toi, mon corps, mon si étrange corps.

Douloureux depuis plusieurs années, fatigué, abîmé, j’avais dû, pour te préserver continuer à vivre au minimum et cesser de photographier. Renoncer à partir dans la forêt me confronter au monde.
Ce monde depuis un long temps était réduit à un espace extrêmement limité de quelques pas autour de ma maison. Impossible liberté d’agir et de faire. Seulement celle de rester attendre dans le silence, entourée de mes livres et des personnes aimées et aimantes.

Puis soudain, comme après une lente, si lente gestation, enfin une porte s’est ouverte, par toi.

Bien sûr, comment ne pas m’interroger sur toi, mon corps après tant de jours passés en ton absence.
Tout au long de cette traversée si difficile, nous étions pourtant ensemble. Mais quand les impossiblités du corps empêchent toute réalisation de soi, même la plus modeste, on se sent séparé, comme si l’on était sur un fleuve en train de nager à côté de sa propre barque.Épuisant. »