Parution Mai 2004


* Né en 1949 dans la Loire, Lionel Bourg vit à Saint-Étienne. Il a publié de nombreux ouvrages dont, parmi les plus récents, Jardin de poupées (Fata Morgana, 2003), Les montagnes du soir (Cadex, 2003), La faute à Ferré (L’Escampette, 2003) et Quelques ombres portées (L’Escampette, 2004).

 

Lionel Bourg
Montagne noire

Récit. Collection Lettres du Cabardès animée par Jean-Claude Pirotte
125 p. 14/19.
2004. ISBN 2.86853.407.4
14,00 Euros

 Du mont Pilat au pic de Nore, du Forez au Cabardès, la distance est-elle si longue ? En la franchissant, Lionel Bourg recueille les échos de son enfance et de sa jeunesse. Et c’est un univers tour à tour noir et lumineux qu’il parcourt, où se brassent les images bousculées d’un passé de gamin pauvre et d’adolescent rebelle. La violence et la tendresse des amours, des amitiés, des révoltes, des enthousiasmes s’inscrivent dans les replis du paysage et les aspérités de la roche, qui gardent fidèlement l’empreinte quasi-miraculeuse d’une vie, la sienne, mais aussi les cicatrices des vies obscures qui se sont déchirées dans les combats perdus et les renoncements.

 « Je suis né sur un sol charbonneux.
Tout était noir dans la région minière. Les murs, la boue dans les squares, les arbres et les façades des immeubles, les eaux grumeleuses des rivières comme les fumées que crachaient les usines, l’humeur maussade des hommes rentrant chez eux le soir, la colère des femmes, les joies fiévreuses, la misère. Je poussais là discrètement. Me promenais dans les décharges et parmi les remblais, croyant la chérir, cette terre, incapable d’envisager pourquoi de brusques répulsions se saisissaient de moi, qui m’accablaient ou me serraient la gorge. J’errais sans but. Récoltais des morceaux d’anthracite. M’immisçais à l’intérieur des boyaux qu’une population besogneuse avait forés dans les caves du voisinage. J’en ressortais livide, l’esprit tourmenté de pensées indécises, prêt à fuir, me battre avec les voyous du quartier ou vomir, l’expulser, la régurgiter d’une traite, la poussière, aurais-je passé des heures et des heures à fouiller cette nuit dont chaque chose semblait faite. Tout était noir, oui. Terne. »

« Je me perdrais plus dangereusement sans doute, comme en d’autres forêts, d’autres Bals des Neiges l’enfant ou l’adolescent qui m’engage à le suivre, si je n’avais la conviction, marchant, écrivant, d’aller à la rencontre de cette vie dont le passé comme le présent et l’éventuel devenir se délivrent peu à peu en une même perception, un même souffle, les mots, la lassitude, l’ennui ou les atermoiements, les coups de sang, la somme de peines et de bonheurs dont chacun se façonne, tout cela, qui est écrire, qui est marcher, qui est aimer d’abord, ne se séparant plus de l’obstination qui, vaille que vaille, ne m’aura pas trahi. Ainsi vais-je. »