Parution Mai 2005
 



*  Paul de Roux est né à Nîmes en 1937. Il fonde en 1969 avec Henri Thomas, Georges Perros
et Bernard Noël la revue La Traverse. La plupart de ses livres de poèmes ont été publiés
par Gallimard, dont les plus récents sont Le soleil dans l’œil (1998) et Allers et retours (2002). Auteur également d’un roman (Une double absence, Gallimard, 2000) et d’essais sur l’art, il a donné à nos éditions les trois premiers volumes de ses carnets ( Au jour le jour, 1986, Les intermittences du jour, 1989 et Au jour le jour 3, 2002 ).

Paul de Roux
Au jour le jour 4
Carnets 1989-2000
Mai 2005. 216 p., 12/19 cm. — 19,00 Euros.
ISBN 2.86853.433.3

Comme les trois précédents volumes (qui couvrent les années 1974 à 1979 et 1984 à 1989), ce quatrième tome des carnets de Paul de Roux — à lire pour eux-mêmes autant qu’en contrepoint de son œuvre poétique — réunit des notes, «exercices d’attention» consacrés au paysage, à la littérature, à la peinture, ainsi que des ébauches de poèmes. Le poète de l’incertitude et de la retenue, le matinal inquiet de la lumière des commencements, s’y révèle un anti-maître à penser; il apparaît plutôt comme un guide fraternel, qui propose au lecteur la fragilité de son expérience de vie et d’écriture.
« S’il est des lieux qui furent beaux ou charmants et qui ne s’offrent plus à nous qu’avilis par le vandalisme, il en est d’autres qui n’y ont jamais prétendu, s’étant toujours présentés dans leur naïve médiocrité. Ils n’en méritent que plus l’attention. Ils ne décevront pas. Bien au contraire, le charme qu’ils dérobent à un regard distrait n’en paraîtra que plus attachant du fait qu’il est la récompense de l’attention. Ainsi en est-il peut-être de la place d’Italie et de ses alentours immédiats. Au premier regard elle ne semble guère vouée qu’à la circulation. Indéfiniment, voitures, camions de toutes tailles, autobus tournent autour du large terre-plein central jusqu’à ce qu’ils parviennent à s’engouffrer dans la voie attendue : avenue des Gobelins, boulevard d’Italie, rue Bobillot, boulevard Auguste-Blanqui, avenue de la Sœur-Rosalie. Quant aux piétons, on ne saurait imaginer que c’est pour eux un lieu de promenade. (Surtout ce matin, où le temps est affreux.) Beaucoup (les hommes surtout) portent des serviettes (bien sûr, ils travaillent), d’autres des sacs en plastique de supermarchés. L’un d’eux, à la marche hésitante, peut-être sans logis, ne semble pas aller à un endroit bien précis, mais on se demande ce qui pourrait le retenir. (De la terrasse du café où je me trouve je ne vois pas de banc public.) Il faudrait découvrir la place aux différentes heures de la journée, aux diverses saisons de l’année. Le lieu a quelque chose d’insipide et de reposant. Comme si tout (cafés, cinéma, voies publiques) était un peu plus grand qu’il ne conviendrait pour les gens qui habitent le quartier ou le traversent. Un manteau trop large, flottant. Il faudra que je revienne. Au premier examen, la place semble proclamer : « Passez, il n’y a rien à voir. » On a envie de lui apporter un démenti. Il ne doit exiger qu’un tout petit effort. »