Parution Mai 2006

Gérard Macé est né à Paris en 1946. Aux éditions Gallimard (collection «Le Chemin», puis collection «Le Promeneur»), il a publié depuis 1974 des proses narratives et poétiques, comme Bois dormant, Le dernier des Égyptiens, la série intitulée Colportage, ou plus récemment Illusions sur mesure.
À l'image poétique, il ajoute l'image photographique depuis 1997, comme en témoignent La photographie sans appareil (2001), Mirages et solitudes (2003) et Éthiopie, le livre et l'ombrelle (2006), parus tous trois aux éditions Le temps qu'il fait. Un Cahier lui a été consacré à nos éditions en 2001 sous le titre Images et signes.

Gérard Macé
Rome ou le firmament

Essai.
96 p., 14/19.
2006. ISBN 2.86853.458.9
15,00 Euros

« L’un des plus beaux livres écrits sur Rome. Une Rome suspendue entre le clair et l’obscur, le ciel et les ruines, les enfers et l’au-delà : une ville de fontaines et de foudre, de fleuve et d’incendie, de fables et d’artifices ; cité du théâtre et de l’illusion, élémentaire comme Isis, tragique comme Borromini, abyssale comme Piranese… Et l’érudition est voilée comme chez Nerval, c’est une érudition qui joue, invente jusqu’au délire, tire des feux d’artifice, pâlit avec les couleurs et les reflets de la nacre, avant de s’éteindre dans la mélancolie. » (Pietro Citati)
« À Rome, on ne fait jamais que revenir. Dans la chaleur de nos rêves ( les ruines qu’il en reste à l’état diurne : chantier de fausses pierres, chant sourd d’une langue morte, forum ouvert à toutes les vérités ) ou sous un ciel d’orage, quand l’or et le gris des coupoles ( le violet c’est pour tout à l’heure ) sont encore éclairés par un jour qui va virer au noir, baignés par une lumière qui va se changer en eau. Car le ciel en remue-ménage fait souvent la lessive de ses chiffons : selon les heures, la bure ou la soie, la laine ou les fils d’or…
Dans Bois sec bois vert, Cingria nous a dit merveilleusement combien Rome, outre un lieu de sacrifice, fut d’abord un lieu d’herbe et d’eau : il est vrai qu’aucune ville au monde n’a l’air ainsi d’être échouée dans la campagne, et de s’enfoncer ( dans la verdure et la buée de la lumière, dans la violence et le bavardage ) plus encore que Venise dans la boue de la lagune. Rome que l’on surplombe ( de l’une quelconque des collines ) est veinée de rouge et de vert, comme le fond d’une mer encore proche. Quant au ciel, velum antique ou lingerie baroque, il est soulevé par des courants d’air chaud, et certains soirs nous sommes étonnés de respirer encore, quand nous nous promenons d’un pied marin, prêts à partir pour l’Orient, entre les palais couleur corail. On repense alors à l’histoire ( ou la légende ) qu’on racontait au Moyen Âge, de cet Arabe naufragé au large d’Ostie, et qui, arrivant à Rome par la via Portuense, crut découvrir une mer nouvelle au lieu d’une ville, quand du haut du Janicule il aperçut les coupoles encore recouvertes d’un bronze doré, comme elles l’étaient à l’origine.
L’herbe et l’eau, sous les ronces de l’ignorance, ont laissé partout des traces ; et les fontaines baroques rafraîchissant la mémoire, on remonte jusqu’aux sources antiques, jusqu’aux flots latins où elles semblent s’alimenter : le souvenir du lac à l’emplacement du Colisée ( devant la maison dorée de Néron ), le Panthéon en forme de citerne immense, les thermes où l’on marche aujourd’hui à pied sec… Et l’on se rappelle soudain que, jusqu’au XIXème siècle, on inondait périodiquement la place Navone ( les affches qui fleurissent au printemps réclament quelquefois qu’on renoue avec cette ancienne pratique ). Dans un air lourd et humide, les palmes, l’acanthe et le laurier ne sont pas les seuls à être vivaces : à côté de cette flore d’emblèmes, des herbes plus sauvages s’accrochent aux pierres un peu usées, des plantations d’agrément débordent partout des terrasses et des toits… Et dans le quartier de la place d’Espagne, c’est la via dei Condotti ( mot à mot « rue des conduits ») qui mène aux escaliers de la Trinité des Monts, réplique des escaliers de l’ancien port de Rome, le port de Ripetta maintenant détruit. La barque du Bernin, submergée par l’eau au lieu d’être portée par elle, renforce l’illusion d’un port pétrifié, que fréquente une foule revenue de tout.
»