Parution Février 2007


* Stephen Romer est né en 1957 en Angleterre et vit en France depuis 1981.
Il enseigne la littérature au département d’anglais de l’Université François-Rabelais de Tours. Traducteur ( Bonnefoy, Dupin, Follain, Valéry… ), il est l’auteur de nombreux articles critiques — pour le Times Literary Supplement notamment —, d’une remarquable anthologie de la poésie française aux éditions Faber & Faber et de trois recueils de poèmes ( Idols, 1986, Plato’s Ladder, 1992 et Tribute, 1998 ). Il est présent dans l’Anthologie bilingue de la poésie anglaise ( La Pléiade, 2005 ).

Stephen Romer
Tribut
Poèmes traduits de l'anglais par Gilles Ortlieb, Valérie Rouzeau et Paul de Roux. Préface de valérie Rouzeau.
Février 2007, 144 p., 14/19 cm — 18,00 Euros.
ISBN 978.2.86853.473.6 — Code Sodis : 720169.3

Rare dans tous les sens du terme ( un ton unique, immédiatement perceptible comme tel, et seulement trois minces recueils publiés en vingt ans ), la poésie de Stephen Romer ne ressemble qu’à elle-même. Ici la pensée vibre, l’émotion réfléchit ; l’idée vagabonde, le songe se cultive. Ces pages sont en outre autant d’hommages rendus, le « tribut » payé aux « maîtres » par un « disciple » en quête de son refuge métaphysique. Ainsi Romer s’affranchit-il de leurs leçons et sa poésie devient pour ainsi dire une affaire sacrée ( l’ironie de l’artiste nous souffle qu’il s’agit tout autant d’une « sacrée affaire » ! ), quelque chose de religieux mais hors églises et dogmes, une quête d’absolu qui ne s’illusionne pas.
Son premier livre publié en France est traduit par trois piliers de notre catalogue où ils l’accueillent comme un frère.
Les choses d'en haut

Je voudrais pouvoir, comme Søren Kierkegaard,
être absolu et laisser son visage s’éloigner

jusqu’à ce qu’il soit une île dans l’eau
qu’il nommait souvenir. Rien d’impur

ne pouvait atteindre l’image éternelle qu’il avait de Régine.
L’amour inaltérable se trouve seulement dans le souvenir

loin du désir ardent d’être avec elle tout le temps.
Il laissait une bougie allumée dans chaque chambre,

un manuscrit inachevé sur chaque bureau.
J’aurai besoin de tout son courage

si je veux m'atteler au sublime;
avec son seul visage pour point de départ.
La confiance

Isolé dans ce pays étranger,
privé de langue, pourquoi et comment je suis là

je ne saurais le dire ; la pièce est nue et sans tapis
et je ne suis personne. Et très loin

de ce à quoi je n’ai plus pensé
depuis si longtemps, l’amour sûr, absolu

qui me portait enfant, quand, à la fin du trimestre
je retrouvais ma chambre, le coin du feu,

mon pyjama sur la chaise.
Une fois bordé, la dernière chose que j’entendais

était le ronflement de la chaudière qui se mettait en route…
La confiance n’est pas moins vraie

que la peur,
qui en vient à ressembler à une seconde nature

et pourtant ne l’est pas ; pas plus qu’on ne se défait,
car la vie est continue et ne fait qu’un

avec l’enfant qu’on a été
et qu’on peut redevenir.