Parution Février 2008
 

 

* Julie Lambilliotte est née en 1974. Elle vit et travaille en région parisienne. Elle a soutenu une thèse sur Michel Leiris en 2002 à l’Université Paris 7 - Denis Diderot. Elle a publié divers articles scientifiques sur Leiris et Marcel Proust.
Je te regarde est son premier roman.

Julie Lambilliotte
Je te regarde
Roman.
Février 2008. 112 p., 14/19 cm. — 16,00 Euros.
ISBN 978.2.86853.500.9

« Dès qu’un peu de silence entre dans ta tête, le vertige te prend, un vertige sans mots, sans images, une angoisse épaisse qui gonfle et emplit ton corps comme une eau noire d’inondation. »
C’est un moment de la vie d’une femme. Un moment où sa vie bascule. Où elle se met en danger. Où elle livre une lutte intérieure qui est celle de la vie même. Un moment qu’elle a besoin de revoir, de scruter pour comprendre la femme qu’elle a été, alors. Cette autre, son double.
Notre double.
«Un vertige te prend. Il a attrapé un sac, jeté quelques vêtements dedans et il est parti. La discussion t’a épuisée. Est-ce bien ce que tu veux ? Tu t’accroches à cette décision, prise après des jours de réflexion. Tu ne sais plus bien quels étaient les arguments mais, hier, ils semblaient à peu près clairs. Vous vous verrez bientôt : les meubles, les affaires.

Tu regardes autour de toi : la bibliothèque, le canapé. Leurs couleurs t’étonnent. Dans la rue, un bus passe. Personne sur les trottoirs.

Les jours s’écoulent dans la même sensaion d’étrangeté. Tout te paraît irréel, différent. Rien, pourtant, n’a changé. Il manque juste quelques habits dans l’armoire. Et lui, bien sûr. Son odeur, son rire, la façon qu’il avait de te prendre par la taille. Tu essaies de ne pas y penser. Dans le brouillard qui t’entoure à longueur de journées, les raisons de cette séparation ne te reviennent toujours pas. C’est son visage bouleversé, ses questions qui te poursuivent. Tu es abasourdie.
Tu ne dors presque pas, tu n’arrives pas à manger.Tu continues à travailler à la maison, machinalement, prise par une concentration profonde.
Parfois, tu t’assois, sur le canapé ou sur le lit. Tu ne penses à rien, tu sens le vide qui t’aspire. Quand tu relèves la tête, il s’est passé une heure, deux heures, parfois plus. Tu as pourtant l’impression de t’être assise une minute.
Le reste du temps, tu pleures sans arrêt, remplie d’une angoisse sur laquelle tu ne peux mettre aucun mot. Ses coups de fil ou ses passages à la maison pour prendre un vêtement ou un livre sont les seuls moments de paix. Tu es envahie alors par un bien-être que tu n’analyses pas.

Le jour où il vient chercher ses affaires avec un ami, tu es prise d’un désarroi qui ne te quittera plus. Mais que faire ? Que lui dire ? Tu ne peux pas revenir en arrière après lui avoir infligé une telle souffrance. Et puis, comment expliquer cette longue exaspération qui t’a prise pendant des mois ? Elle doit bien reposer sur quelque chose, même si ton esprit ne parvient toujours pas à en rattraper les raisons. Ses coups de fil s’espacent peu à peu. »
Presse

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