Parution Février


* Denis Montebello vit à La Rochelle. Il est l’auteur d’une douzaine de livres parus pour
la plupart chez Fayard Au dernier des Romains, 1992; Filature et tissage, 2000; Trois ou quatre, 2001; Archéologue d’autoroute, 2002 et au Temps qu’il fait Richard Texier ou le droit d’épave, 1989; Bleu cerise, 1995. Il est aussi traducteur notamment de Pétrarque. Auteur de récits et de romans, il procède en archéologue du présent. Mais le poète qu’il est cherche aussi la preuve par l’étymologie.
* Marc Deneyer qui vit près de Poitiers, se consacre depuis 1982 à une œuvre de photographe très personnelle, pleine de discrétion et de patience. Il est l'auteur d'Ilulissat, un livre de voyage au Goenland publié en 2001 à nos éditions, dans lequel il se révèle également un remarquable écrivain.

Denis Montebello
Fouaces et autres viandes célestes
Chroniques gourmandes Avec 18 photographies de Marc Deneyer
Février 2004, 144 p., 14/19 cm — 17,00 Euros.
ISBN 2.86853.390.6

Lauréat 2004 du Prix Erckmann-Chatrian, du Prix des Mouettes et du Prix du Livre en Poitou-Charentes.
U n livre où on ne cherche pas à édifier, où on n’éprouve pas le besoin de codifier une pratique, de transmettre un savoir, n’est pas un livre de cuisine. C’est un recueil de saveurs. Une invitation à voyager dans les mots et dans le temps.
À revivre, avec la fouace et avec Rabelais, la révolution néolithique. À remonter avec la tortue au Tartare, ou avec le tourteau fromagé. À faire coïncider enfin ce que les archéologues appellent dans leur langue matière noire, par quoi ils désignent ce qui échappe à l’histoire, et « l’enfance revenue, pour parler comme Robert Pinget, la découverte éblouie du langage. »
« L’image fait loi, rassemble le passé. » C’est ce qu’invitent aussi à vérifier les photos de Marc Deneyer.
« Entre l'idée du monde et la forme parfaite arrachée au chaos, certaines traditions logent des ébauches, des essais, des ratés. C'est là, dans la série des erreurs divines, qu'il faut situer le tourteau fromagé. L'intention y est, mais la force manque, la conviction qui transformerait le jeu en création. La velléité deviendra volonté. En attendant, on s'excerce, on tâte de la matière. Mais on ne sait quelle pâte pétrir, quelle argile modeler. On ne songe pas à l'homme, ni même au Golem. Ou bien, si on y songe, on se demande comment cela peut marcher, où cela peut aller, s'il est vrai que parfois la créature se retourne contre le créateur, et que toujours sa création lui échappe...
Alors on laisse tomber. On rangera cela parmi les prodiges, les merveilles, on le présentera comme aérolihte. Une hache polie, mais la préhistoire n'existe pas. On est en plein mythe, dans les contes et légendes. On montrera l'enfant difforme de Mélusine, la pierre qu'elle transportait dans sa dorne et qu'elle perdit. Quelque chose qui fut à Gargantua, avec quoi il jouait : qu'il lançait (d'où son côté écrasé) ou faisait rouler. La chose a roulé jusqu'à nous. Maintenant elle marche. Elle marche en crabe. Le tourteau fromagé est de la famille des bots : des crapauds, des sabots. Il boite. Il a un pied chez les vivants, l'autre chez les morts. Il a fait le voyage aux enfers. Il en remonte juste. Tortue fraîchement remontée du Tartare, toujours prête à y replonger. Œil éteint — brûlé — de cyclope. Lequel, à peine évoqué, se réveille...
Au fond (dans sa forme) le tourteau fromagé est un monstre. Venu de la nuit des temps. C'est une curiosité. Un peu comme le cœlacanthe. Un fossile vivant. Comme toutes les curiosités il étonne : il effraie et amuse. On le dirait tombé du ciel et jailli des enfers. Lourd et subtil. Brûlé et à peine cuit. Il est le contenant et le contenu. Confondus. Le corps dont on peut dire qu'il est de ce pays “ toute l'âme résumée”. »