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Parution Février 2007
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| Denis Montebello Le diable, l'assaisonnement Chroniques gourmandes. Avec 18 photographies de Marc Deneyer Février 2007, 120 p., 14/19 cm 17,00 Euros. ISBN 978.2.86853.475.0 Code Sodis 720168.0 |
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| Au même, pour linviter à un dîner poétique. À un de ces repas virgiliens comme en écrivit Pétrarque, avec des fruits mûrs, des châtaignes moelleuses et du fromage frais en abondance. À lautre aussi, parce que M. Léopold Bloom ne se contente pas dun sandwich au fromage. Prendrait volontiers quelques olives sil y en avait. Préfère celles dItalie. Une brave salade fraîche comme linnocence. À condition quelle soit relevée comme il faut. Huile dolive pure. Dieu a fait laliment, dit-il, le diable, lassaisonnement. |
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Chevreau à l'ail vert
« À ceux qui refusent lidée de dialectes de transition, qui voudraient tracer une frontière étanche entre langue doc et langue doïl, je recommande ce plat. Il remplacera le sempiternel agneau pascal ; il réconciliera aussi la France de lhuile et celle du beurre. Ou, pour le dire autrement, à la façon des mystiques, il fera coïncider les opposés. Le romarin et loseille par exemple, dont on sent bien quà un certain niveau dapproche ils séquivalent. Plus il y a de contrastes dans leurs caractères, plus il y a dunion dans leurs harmonies. Cest Bernardin de Saint-Pierre qui parle. De lhomme et de la femme. On est là comme dans un sonnet de Pétrarque ( chez lun de ses imitateurs de lâge baroque ), en présence dun oxymore. À cette différence près quon nest plus en poésie mais à Pâques, à un moment de lannée chrétienne où, foin de la rhétorique amoureuse, la mort et la vie sont miraculeusement égales. Mourir dans la fleur de lâge ( entre six semaines et quatre mois, soit de mi-mars à mai ), dans cet ail encore vert, cest pour le chevreau comme pour le cabri renaître. Et pour nous loccasion de rompre en douceur le Carême. De participer à la résurrection de lagneau de Dieu . Nous gagnons, en dégustant ce chevreau, lItalie dont nous savons quelle fut longtemps pour les peuples du Nord synonyme de paradis. Cest un peu du Latium dans nos assiettes, de la Campanie où lon sert aussi, à Pâques, de ce premier-né mâle immolé selon le rite judéo-chrétien. Avec des pommes de terre coupées, salées, poivrées. Et du romarin. Là-bas comme ici on fait cuire à four chaud. Là-bas dans lhuile dolive, ici dans le beurre. Ici on arrose dun verre de vin blanc puis deau. On ajoute laillet. Le chevreau saccommode traditionnellement daillet. Appelle laillet. Laillet vient le rehausser. Transformer cette chair blanche en une viande idéale. La fable ne dit pas autre chose. Le loup et lagneau. Le loup est lagneau. Il se fait, à mesure quil les mange, aussi doux que les biquets, cabris, chevreaux quil mange. Aussi tendre que la viande quil mange. Il aime sans compter. Cela se passe ainsi dans les contes. Le temps vorace, il arrive quon le dévore. Et que, lespace dun repas, on goûte à léternité. » |
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De la prétendue mordacité de l'ortie
« {...}Nous écoutons ce fantôme quand il gémit : Quoi ! un jour de fête, on me ferait cuire un plat dorties, et une moitié de hure enfumée à loreille fendue . Et nous ne savons que répondre à cette personne qui serait, daprès Henri Thomas qui la bien connue et que visiblement elle hante, réduite au squelette . En revanche, nous avons bien compris qui elle vise quand elle compare sa triste figure ( une figure dont on voit la trame tellement elle est usée ) à la mine réjouie de ce vaurien de petit-fils gavé de foie gras. Nous voudrions, nonobstant ce ventre quelle poursuit de ses sarcasmes, lui parler de lortie. Non de sa mordacité, elle nen ignore rien, mais de ses vertus. Du purin qui est une manne que daucuns aujourdhui voudraient interdire. Sous prétexte quelle fait des amoureux du jardin que nous sommes des rois du pétrole. Que serait notre jardin sans cette herbacée envahissante ? À quoi ressemblerait notre vie ? À quel triste potage ? À cela quon prétend nous servir désormais, nous préférons la soupe à lortie. Celle qui se préparait autrefois de la Wallonie jusquau Québec et que nous proposent encore nos amis quand ils nous invitent. Oui, nous osons affrmer ici, et quoi que nous risquions, notre goût pour lortie. Notre passion pour lortie. Nous ne prendrons pas de gants avec ceux qui voudraient nous couper la main parce que nous laurions trop verte, nous empêcher de vanter cette plante riche en fer, en vitamines C, A, en magnésium, sels minéraux et oligo-éléments, de chanter la confiture dorties, lortie à la crème, lortie au fromage, le gratin dortie, le soufflé dortie, le cake ( qui a dit le froc ? ) aux orties, la tarte aux orties, la quiche au chèvre et aux orties, les pâtes aux orties. {...}» |
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Littérature de poulettes
« Dans le noir. À la nègreté, on dit. Comme groles dans les arbres. Elles, si elles se perchent, cest au sol. Cest ainsi quelles jouquent. Elles le font au sol, on dit, et pour la nuit. Quand on arrive, elles sont déjà jouquailles : juchées. A savont jouqué de boune heure. Longtemps je me suis couché comme elles. De bonne heure. Voilà pourquoi, sans doute, elles surgissent si souvent dans mes rêves, si facilement sous ma plume. Ma plume est une image, une vieille image. Vieille comme un chemin, ça ne marche plus. La métaphore est usée, la comparaison rebattue. Tellement rebattue quelle apparaît neuve. Quand elle apparaît. Dans ce paysage remembré. Dans cette absence de paysage. Quand elle reparaît par hasard, par je ne sais quel hasard objectif sous ma plume . Ma plume rangée, ou plutôt rendue à qui me la prêtée, je poursuis ma route. Mon chemin qui chemine, et ce nest pas un conte. Ce nest pas la petite moitié de jau rencontrée dans sa ferme, dans la cour où il y a si peu à picorer, mais un coq. Un vrai. Gaulois comme on se le représente. Paré pour le combat. Faisant de ses coups de sang une force. De son désordre une forme. Une harmonie. Prétentieux dans ses attitudes, mais pas comme ces pompets quun rien ébouriffe. Qui se dressent pour un mot de travers sur leurs misérables ergots. Loiseau est fort. De grande taille. Présentant, et ce dès le départ, de bonnes aptitudes au chaponnage. Cest une race ancienne. Une belle race. Au plumage noir et à oreillons blancs. Une grosse volaille qui, après avoir fait la renommée du pays son bonheur, écrirait lautre représentant, non moins fameux, de la race de Barbezieux , a bien failli disparaître. {...}» |
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