Parution Février 2008
 

 

* Jérôme Meizoz vit à Lausanne (Suisse).
Auteur d'une vingtaine d'ouvrages, il a publié des proses (Jours rouges, Les Désemparés) et des essais (L'Âge du roman parlant 1899-1939).
Son premier récit, Morts ou vif (1999), a été désigné « Livre de la Fondation Schiller 2000 ».

Jérôme Meizoz
Père et passe
Récit.
Février 2008. 80 p., 14/19 cm. — 14,00 Euros.
ISBN 978.2.86853.498.9
Coédition Éditions d'en bas à Lausanne

« J'ai pris le train pour aller trouver père. Il m'attendait à la gare, la vitre baissée. Les montagnes au-dessus de nos têtes étaient noires et enfarinées. Les vergers nus imploraient le ciel.{...}
Et puis d'un coup, on roulait paisiblement dans la campagne, j'ai éprouvé pour la première fois que père était mortel. On ne le savait pas, et cela s'impose. Tout est changé. »

En quarante courts récits, Père et passe tisse « un drap de mots » pour recueillir le visage d'un père vieillissant.
Comme dans ses recueils précédents, Jours rouges (2003) ou Les Désemparés (2005), l'auteur, en quelques traits saisissants, se fait portraitiste des destins ordinaires.
 

Compte à rebours

«Bien avant que j’écrive la moindre ligne à son propos, bien avant que tout soit déposé comme décante le vin brassé, je me suis souvent imaginé sa mort.
Je voyais son corps vif, rougi, taché, colossal, ses mains puissantes, son large cotzon de bœuf, et je songeais avec angoisse : Quand et comment va-t-il passer ?
Au volant de sa voiture, contre une rambarde, un mur ?
Nageant dans les draps d’un lit d’hôpital, étouffé comme un poisson sur l’herbe ?
Tombant raide et mutique devant le clapier aux lapins, à la main son sac de grain ?
J’imaginais sa vie couronnée par une mort inopinée, qui viendrait d’un coup justifier ou nier, mais peut-être signifier tout ce qu’il était.
J’avais attendu longtemps.
Le compte à rebours avait commencé vers ses septante ans. Je prenais des notes après chacune de nos rencontres. Saisir son regard, ses tournures de phrases, ses gestes, ses histoires.
Garder quelque chose de lui avant qu’il soit jeté, par la nature, aux ordures sidérales.»