Le voyageur à l'échelle
Texte & photographies. 64 p. 16,5 /24.
2006. ISBN 2.86853.464.3
— 22,00 Euros




«Qui connaît Hippolyte Deume ? Peu de ses concitoyens. L’œuvre de cet homme a fait surgir pourtant une petite énigme aux confins lacunaires entre littérature et géographie. Depuis sa disparition, la querelle se relève de temps à autre, quand un nouveau chercheur, ayant aperçu un bout du fil – ce ne peut être que par hasard – se laisse entraîner jusqu’à donner son avis, quoique les originaux qui errent où deux œuves savants répugnent à se mêler ne souhaitent guère entendre une hypothèse neuve recouvrir l’opinion qu’eux-mêmes ont une fois pour toutes afirmée.
Hippolyte Deume se disait natif du bourg de Plaissé, dans la maison où il demeura toujours une large part de l’année. Cependant, ceux qui osent vérifier en mairie les authentiques de cette naissance n’y trouvent date ni trace. Au moins sait-on quand il est mort, pense le lecteur, ou l’auditeur, s’il découvre le personnage à l’occasion d’un article curieux, d’une conférence intimiste. Il faut répondre non, la date reste approximative d’une fin survenue, emble-t-il, dans les années quatre-vingts du siècle récemment achevé. Quant à la transcription du décès sur un
livre communal, elle fut faite avec l’encre de l’endroit où il est né, lequel reste inconnu. On constate seulement que
ce n’est pas Plaissé puisqu’au moins trois chercheurs ne
faisant confiance qu’à leurs yeux, ou à leurs lunettes, ont en vain feuilleté les registres. Ce fut notre cas. Et la lecture des noms inscrits sur toutes les tombes du cimetière n’a rien révélé non plus. Hippolyte Deume n’était point parent des familles réunies là sous des noms souvent identiques, quantité de Blin, Buffet, Pirault, Coiffé… Les questions posées aux habitants du bourg n’ont pas plus fait lever de réponses éclairantes. On nous laissait entendre que tel ou tel l’avait assez bien connu mais ces personnes étaient défuntes. Ceux qui auraient été jeunes à l’époque et que nous trouvions en activité – petit commerce, artisanat – juste acceptaient de dire qu’enfant ou adolescent, la disparition d’un homme sans doute tenu pour vieux ne les avait pas intéressés. Une femme courbée par les ans que notre visite distrayait de sa solitude évidente, au point que l’on devait douter d’un propos qui peut-être voulait « remercier du dérangement », nous confia, et ce fut la seule : « J’ai ouï dire qu’il serait enterré par là ».