
«Qui connaît Hippolyte Deume ? Peu de ses concitoyens. Luvre de cet homme a fait surgir pourtant une petite énigme aux confins lacunaires entre littérature et géographie. Depuis sa disparition, la querelle se relève de temps à autre, quand un nouveau chercheur, ayant aperçu un bout du fil ce ne peut être que par hasard se laisse entraîner jusquà donner son avis, quoique les originaux qui errent où deux uves savants répugnent à se mêler ne souhaitent guère entendre une hypothèse neuve recouvrir lopinion queux-mêmes ont une fois pour toutes afirmée.
Hippolyte Deume se disait natif du bourg de Plaissé, dans la maison où il demeura toujours une large part de lannée. Cependant, ceux qui osent vérifier en mairie les authentiques de cette naissance ny trouvent date ni trace. Au moins sait-on quand il est mort, pense le lecteur, ou lauditeur, sil découvre le personnage à loccasion dun article curieux, dune conférence intimiste. Il faut répondre non, la date reste approximative dune fin survenue, emble-t-il, dans les années quatre-vingts du siècle récemment achevé. Quant à la transcription du décès sur un
livre communal, elle fut faite avec lencre de lendroit où il est né, lequel reste inconnu. On constate seulement que
ce nest pas Plaissé puisquau moins trois chercheurs ne
faisant confiance quà leurs yeux, ou à leurs lunettes, ont en vain feuilleté les registres. Ce fut notre cas. Et la lecture des noms inscrits sur toutes les tombes du cimetière na rien révélé non plus. Hippolyte Deume nétait point parent des familles réunies là sous des noms souvent identiques, quantité de Blin, Buffet, Pirault, Coiffé
Les questions posées aux habitants du bourg nont pas plus fait lever de réponses éclairantes. On nous laissait entendre que tel ou tel lavait assez bien connu mais ces personnes étaient défuntes. Ceux qui auraient été jeunes à lépoque et que nous trouvions en activité petit commerce, artisanat juste acceptaient de dire quenfant ou adolescent, la disparition dun homme sans doute tenu pour vieux ne les avait pas intéressés. Une femme courbée par les ans que notre visite distrayait de sa solitude évidente, au point que lon devait douter dun propos qui peut-être voulait « remercier du dérangement », nous confia, et ce fut la seule : « Jai ouï dire quil serait enterré par là ».