«Au flanc d'une montagne ils taillaient des terrasses appuyées sur murets nommés dos par eux qui de rivière à village ou du village aux crêtes ou des plaines au village montaient tout sur leur dos. Tournant l'araire, ils criaient au cul des bufflonnes, de terrasse en terrasse pour maïs à la houe brisaient les mottes, à la main égrenaient le fumier que femmes, enfants, portaient en hottes. Sur les crêtes ils égaillaient la cendre, terre étroite parfois jusqu'à deux raies d'araire où semer orge, blé, le sarrasin utile aux consolations de morts violentes. Terre et pluie labourées, ils inondaient entre digue et muret, trois fois encore le soc dans la boue à mi-jambes jusqu'à ce que le champ fut, entier, boue liquide. Le riz lancé sur les reflets du ciel, les enfants peur, serpents surveillaient les terrasses inondées à hauteur de pouce, pour écarter pierres, cris la grive à ailes grises et la tourterelle rouge. Sous la pluie de mousson, ils dormaient maculés de boue dans leurs habits mouillés. Tenant l'araire ou grimpés sur quatre dents de herse, les hommes remuaient la terre, houes et rabots de bois, les femmes piquaient le riz : des musiciens jouaient sous la pluie. La fête venue, tous se gorgeaient de viandes, alcool tiède juste distillé, saindoux et beurre qui grésillaient dans l'air, les doigts gras à longueur de journée. Filles et garçons sous la lune dansaient jusqu'au murmure près de la fontaine. Les femmes enrobaient les paniers-greniers de boue ocre des crêtes, une ruche était logée dans l'épaisseur du mur et devant chaque maison, tôt le matin, un doux grognement de meule. Mais ceux qui loin se louaient scieurs de long, las amaigris volés pour finir ne sont plus rentrés. Des filles enlevées s'habillant à la rivière fuyaient, laissaient un pot de cuivre, le savon sur la rive. Dans la jungle d'autres cherchaient les plantes médicinales, trouvèrent le tigre, la fièvre. Ceux qui portaient à la plaine étouffante des charges de mandarines, devaient amener sel fer pétrole, absorbés un à un par les villes ne remontèrent plus. Vide village silence, une femme très âgée appuyée sur sa houe. Aux yeux secs des terrasses une taie de broussailles.»