Les derniers paysans
Textes & photographies. 80 p. 20 /23.
2000. ISBN 2.86853.321.3
29,00 Euros
L’auteur s’est servi de ses propres jouets, conservés depuis une cinquantaine d’années et qui, au même titre qu’une enfance rurale, ont peut-être déterminé une passion pour les fermes et l’agriculture. Humour et tendresse. Une quarantaine de photographies en couleurs.



« Avant de nourrir des bovins, de fauciller les ronces sur les talus, de reclouer les barrières, il y eut le jeu — pas si loin, une cinquantaine d’années — qui consistait à installer une ferme, chaque jour une nouvelle ferme, contre les racines des tilleuls, sur la terrasse, ou dans un coin cendreux de la cheminée. Aujourd’hui que disparaît l’agriculture traditionnelle, deux poignées de petits sujets descendent du grenier où ils attendaient la résurrection. Posés dans la cour d’une ferme, sur le sable que tassent pas et roues, contre les pavés polis autrefois par les fers des chevaux, ils s’y reconnaissent tant qu’il est insupportable de les mener ailleurs. Ronflements du tracteur, meuglement des étables, pépiement au bord des ardoises, le chien rôde, les poules s’interrogent sur le caractère mangeable d’une si petite humanité, au milieu : fermières et fermiers, ou marchand, journalier, forgeron, les mains juste tirées des poches, empoignent les outils et, à l’instant, distribuent autour d’eux un espace agricole. Qui veut plier son corps découvre l’étendue nouvelle et tout de suite perçoit un autre temps, celui qui règne dans l’air et sur l’espace reconstitué des fermes. Le moindre objet annonce une durée, ses avant et après, le précaire des tâches inachevées se fait presque éternel, les muettes petites bouches viennent de se taire. C’est ce temps que je prélève, des soixantièmes de seconde de bonheur agricole. Et les instantanés transforment l’immobilité en gestes. »