
« Du creusement des chemins il n'est pas d'explication complète, surtout assez sensible pour en justifier la constance, l'ampleur. Chemins qui bifurquent, zigzaguent, se joignent ou se divisent, creusés quelquefois de deux mètres, en tout cas serrés sur leurs flancs par des talus qui d'autant les approfondissent, ceux-là hérissés d'arbres, broussailles, arbustes dont les branches tendues couvrent, rendent obscur le chemin, couloir de terre sous une basse voûte de feuilles, au long duquel marcher tourner était comme se remémorer par les jambes un souvenir, sous le murmure des feuilles sèches, bruissantes aux chevilles, et soudain la rêverie, l'attente, heurtait dans l'ombre une odeur, patates cuites ou fumée. Par une lueur, orangée vacillante lueur, la ferme laissait révéler son lieu dans le crépuscule. Trois sortes de feux, selon la journée, peut-être l'heure. Lentes fumées à travers la campagne, épaisses en hiver. Pendant tous les hivers. Puis les feux n'ont plus été visibles fermes éteintes sur leurs cendres c'est-à-dire qu'ils n'ont pas été rallumés. Des traces en restent sur les pierres, qui font preuve, rien de la chaleur ni de l'éclat.»