«Parfois la mer en mai est jaune des emblavures immenses du colza fleuri et l'odeur passe, aux dimensions du vent.
Sur des chemins à peine tracés notre navire tantôt se lève, tantôt retombe au bas d'une vague d'herbe. Long navire ondulant qui tourne, se faufile pour le simple jeu de flotter sans même s'accrocher aux arbustes et frôle les grappes des cytises.
Il arrive que, la main levée, nous croisions un tracteur dont le moteur à deux temps avec une régulière patience fend l'épaisseur des flots verts ondoyants. De tous verts différents la mer, le bleuâtre des blés, l'avoine jaunissante, l'herbe crue, et plus sombre par grandes traînées selon la hauteur des fonds dans la terre.
La carapace d'un insecte, les ailes d'un papillon, les pétales d'une fleur, l'ascension verticale d'une chenille au milieu de la plaine, rassemblent sur le pont l'équipage en cercle de têtes échevelées qui se penchent.
Vallonnement des champs comme une houle pétrifiée, ou qui ne bouge que lentement, d'une façon sous les pieds assez imperceptible. À la crête arrondie de ses vagues, ou le long d'un creux qui n'en finit plus de gonfler et prêts à être par lui projetés vers le ciel, nous cheminons en file, parfois enfouis jusqu'aux épaules dans le frémissement de l'orge.»