Caloge
Nouvelles. 108 p. 12 /19.
1991. ISBN 2.86853.080.X
— 11,00 Euros
Les bulldozers cognent aux murs. Une petite ville se cramponne, craignant de glisser à la rivière qui traverse. Les marcheurs de plaine sont soulevés par la houle diurne et nocturne des céréales. Un homme plonge, se perd, entre les plis et pans des vêtements suspendus, femmes contre sa peau, à la recherche de celle qu'il voulait remonter au jour. La lumière qui décrit une chambre et le grand nez du narrateur, l'orage grondant la souffle, un cœur s'arrête, un autre bat : noir tambour caché sous l'étendue de toile que brode une jeune fille silencieuse. Qui travaille dans les prairies tandis que la lune est aiguisée ? Qui répond à l'étrave écumeuse heurtant au matin la pierre du port ?
Les personnages qui hantent ces brefs récits sont tous, avant tout, immergés. Un instant ils font toucher de la main le poli, le râpeux des choses, puis ils rendent aux songes du lecteur le soyeux fuyant de leur âme. Quant à l’aventure… elle peut aussi bien tomber, foudre lente, dans une épicerie de village.



«Parfois la mer en mai est jaune des emblavures immenses du colza fleuri et l'odeur passe, aux dimensions du vent.
Sur des chemins à peine tracés notre navire tantôt se lève, tantôt retombe au bas d'une vague d'herbe. Long navire ondulant qui tourne, se faufile pour le simple jeu de flotter sans même s'accrocher aux arbustes et frôle les grappes des cytises.
Il arrive que, la main levée, nous croisions un tracteur dont le moteur à deux temps avec une régulière patience fend l'épaisseur des flots verts ondoyants. De tous verts différents la mer, le bleuâtre des blés, l'avoine jaunissante, l'herbe crue, et plus sombre par grandes traînées selon la hauteur des fonds dans la terre.
La carapace d'un insecte, les ailes d'un papillon, les pétales d'une fleur, l'ascension verticale d'une chenille au milieu de la plaine, rassemblent sur le pont l'équipage en cercle de têtes échevelées qui se penchent.
Vallonnement des champs comme une houle pétrifiée, ou qui ne bouge que lentement, d'une façon sous les pieds assez imperceptible. À la crête arrondie de ses vagues, ou le long d'un creux qui n'en finit plus de gonfler et prêts à être par lui projetés vers le ciel, nous cheminons en file, parfois enfouis jusqu'aux épaules dans le frémissement de l'orge.»