
« {...} Les Perses, ce sont d'abord plusieurs vieillards qui se tiennent debout, à Suse, devant le palais du roi et s'inquiètent de n'avoir point de nouvelles alors que depuis quelques jours tout un peuple de cavaliers et d'hommes de pieds a quitté le pays pour mener la guerre contre Athènes. Une armée bardée d'or dont le grondement disparut dans la poussière. Et depuis, rien. J'appelle un homme qui en revient, et nul messager, nul cavalier n'arrive à la capitale de Perse. Silence, chaleur. Seulement les graines des excholzias, fleurs orange, qui explosent sur ma gauche. Le regret des hommes remplit les lits de larmes. Les femmes se taisent, l'eau dans les cruches de terre. Et puis soudain, le Coryphée, regard interrogeant les lointains : Voici un homme qui vient au pas de course et qui paraît bien être un Perse . Serait-ce mica dans la campagne, non, quelque lambeau d'armure au soleil, que peut-on distinguer ? la lumière est trop forte. Depuis les dalles bleutées de la ville on observe cette course qui ne s'achève pas. Et puis, voix coupée, il ne peut, sa sueur brille, halètement enfin : notre armée tout entière a péri...
Devant la reine et le chur ce messager déploie une défaite navale : coques se renversent, et la mer disparaît sous un amas d'épaves et de cadavres sanglants; les rochers du rivage regorgent de morts... Des gémissements mêlés de sanglots s'entendent au large sur la mer jusqu'à l'heure où la sombre face de la nuit... . Les commandants se sont hâtés de fuir en désordre au gré du vent et les soldats qui n'avaient pas été tués sont morts de faim, de soif, ou par enlisement dans les marais. Quelques-uns seulement sont rentrés au pays de leur foyer... . Lune sur la cour de terre battue, le chien sûrement remue un peu la queue comme lorsque je porte tard le pot pour le lait à la ferme, l'odeur lui suffit, les enfants dorment, une femme dont l'heure dénudait le sein préfère un vaincu terreux et vivant à un vainqueur mort. Mais toutes n'ont pas ce murmure. La nouvelle déjà s'est répandue par les ruelles blanches, de terrasse en terrasse : Ô roi Zeus... tu as plongé les villes de Suse et d'Ecbatane dans un sombre deuil. Sanglots légers contre l'angle des murs.{...}»