L'ingrat suivi de L'impersonnel
Récit. Présentation de Paul Martin. 136 p. 12 /19.
2002. ISBN 2.86853.349.3
— 14,00 Euros
«Une matinée passée toute entière à fortifier la même résolution, à la promener sous le ciel qui lui convient, à la retrouver pour ainsi dire à l'état pur au fond de la fatigue, et de la faim, amène sans qu'on s'en doute de grands changements; celui qui promène ainsi une pensée glisse peu à peu bien loin de ce qui l'entoure; il abandonne toute une part de lui-même, il tombe dans une sorte d'indifférence ensommeillée à l'égard de tout ce qui n'est pas sa résolution et, comme tous ceux dont les facultés se sont longuement reposées, dès qu'il s'éveille de sa songerie, il est infiniment plus sensible qu'avant à ce qu'il retrouve autour de lui.»
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« Un beau chaland neuf, brillant comme un scarabée au soleil, passa, jetant un coup de sirène avant de s'engager sous la passerelle. On ne voyait qu'un homme musclé, en chandail sans manche, devant la grande roue de bois et de cuivre, dans une logette vitrée à l'arrière du chaland. Birkouski sembla le suivre des yeux. Lucien savait ce que Birkouski aurait voulu voir sur le chaland : une grande fille rousse, pieds et bras nus, marchant sur le rebord avec un seau d'eau, ou assise sur le toit de la cabine. Le chaland s'éloignait, beuglait déjà pour le passage du Pont-au-Change. Lucien constata qu'il n'avait pas remarqué quelle était sa nationalité. Ç'aurait pourtant été facile. Au lieu de cela, il avait imaginé ce que Birkouski aurait voulu voir sur le bateau. C'était bien encore une preuve de l'espèce de puissance de Birkouski : on s'occupe des rêves qu'il peut faire, on ne peut s'empêcher de les suivre, ils vous gagnent soudement à eux, et l'on finit par être vaguement honteux de ne pas rêver soi-même.»