De profundis Americæ
Carnets américains 1958-1960. Présentation de Paul Martin. 192 p. 12 /19.
2003. ISBN 2.86853.380.9
— 18,00 Euros
Début septembre 1985 - début juillet 1960, Henri Thomas vit aux États-Unis, à Waltham, tout près de Boston. Il enseigne la littérature française à l'Université Brandaïs. Il noircit, c'est une vieille habitude, quelques carnets.
Dans Compté, pesé, divisé, publié par lui en 1989, Thomas cite un passage de De profundis Americæ : « Le culte du dollar commence très tôt. L'enfant de six ans (child consumer) est instruit à reconnaître les signes extérieurs de la richesse, et à les réclamer. Aux yeux de la plupart des Américains qui sont croyants, Dieu est l'être le plus riche, lancé par la plus forte publicité. » Il voyait très bien qu'une idéologie simpliste et le mode de vie qui lui est consubstantiel allait submerger le monde; il détestait cela...
Le 22 mars 1960, Thomas note : « Pour moi, c'est toujours l'esprit qui résiste; tout le reste est pesanteur. »
L'œuvre d'Henri Thomas témoigne de cette résistance et de la fraternelle solitude qui unit, tout de même, quelques humains.


Paul Martin

 



22 septembre 1958

« Je ne sais quoi penser de ces maisons qui font nuit et jour du bruit comme un navire en marche. Quand ce n'est pas le chauffage et l'air conditionné qui ronronne, c'est le frigidaire qui se réveille sur un léger déclic. Ces vibrations ne sont pas vraiment gênantes, en tout cas on s'y habitue vite, — et dans les demeures tout à fait au point — chez les riches — on n'entend sans doute rien —, mais c'est curieux : dans les maisons construites en grande partie en bois, comme celle où nous habitons, cette animation mécanique n'est pas en rapport avec son enveloppe.»