D
G. DELEUZE
Nietzsche
(PUF)
« Dieu est mort (1900) à considérer la face, créée à son image, des Charbonniers de la foi qui ont récemment rencontré ou trahi son fantôme, on n'a guère envie de le connaître ! à l'orée du siècle : aussi bien Rilke dans son Journal florentin (1898) le ressentait Tant que ce Dieu-ci vivra, nous resterons des enfants, des mineurs. Il faut l'autoriser à mourir, et les nouvelles prophéties se sont accomplies, Tout est permis, le Temps des Assassins, il a même été enterré à Auschwitz, où il a abandonné son peuple, comme il avait jadis abandonné son fils douteux. Alors l'homme esclave s'est retrouvé seul et orphelin, et ce fut le commencement de sa propre fin, incapable de transmuer les valeurs caduques; quand naquit ainsi l'homme ultime dans le Nihilisme contemporain, le Grand Tout agonisant, comme jadis Pan disparu, au bénéfice du Rien mécanicien de Newton-Einstein.
Puis, après quelques résurgences de moribond en milieu de siècle, l'homme en tant que concept est mort à son tour, ce qu'avaient prévu Joyce et Miller, ce qu'ont vérifié Beckett, Cioran {...} »