Collectif
Jude Stéfan
Textes, études, témoignages. Cahier huit, dirigé par Tristan Hordé. 248 p. + 16 p. hors-texte. 16,5 /24.
1993. ISBN 2.86853.168.7 — 23,00 Euros
Poète, nouvelliste, essayiste, Jude Stefan est l'artisan souverain d'une œuvre d'exception, l'une des plus singulières de notre temps, marquante, personnelle — «qui évoque la flagrante, révoltante, accablante chiennerie de cette existence qui n'a de sens et d'issue que la mort, ne tolère de consolation ou de remèdes fugitifs que l'étreinte amoureuse» (Jacques Réda). Porté par une farouche volonté d'écrire neuf, Jude Stefan atteint à une rare justesse que montrera, par la diversité des approches critiques et les nombreux inédits de l'auteur, ce premier travail d'ensemble à lui consacré.
Au sommaire des textes de Michel Deguy, Michel Butor, Jean-Luc Parant, Guy Goffette, Jacques Réda, Lionel Ray, Jacques Lempert, Pierre Pachet, Tristan Hordé, Michel Sicard, Bernard Noël, Eugène Savitzkaya, Jean-Michel Michelena, Richard Millet, Gianfranco Palmery, Jeanpyer Poëls, James Sacré, Claude Adelen, Pascal Roger, Chantal Tanet, Dominique Preschez, Bernard Simeone, LaurentJenny, Marie-Claire Dumas, Philippe Di Meo, Jacques Drillon, John Taylor. Nombreux inédits de Jude Stefan. Deux cahiers de photographies. Biographie, bibliographie complète.

 



Petit Texte
(de désinvitation à Beaubourg du 26/02/92

 

Plus je vais — dans la soixantaine — plus me degoûtent les écrivains gentils — genre joie de la vie, petite passion, etc. —, je vois bien que comme on vit pour rien, ils écrivent pour l'oubli, sans le savoir, ou par vanité. «C'est le malaise». C'est une honte d'écrire après Rimbaud, a-t-il été dit : aussi de même que seule ma grand-mère (maternelle) me comprenait, d'autant qu'elle ne posait de questions — à l'opposé plus tard des femmes —, peut-être un lecteur ou deux saisira cette contradiction d'inécrire, d'écrire malgré soi, dans ce grouillement de faces photogéniques bientôt manuélisées. On peut donc lire contre soi devant le moins d'auditeurs possibles, sans vergogne, en commentant même, puisqu'il faut à la fin n'avoir honte de rien, ni de crever âgé, ni d'écrire par malentendu. Ma chienne, défunte, m'aurait compris au ton, quelques amis peut-être venus sans être invités. En général, j'y entends rire (ce serait de l'humour, parait-il), c'est pleurer qu'on devrait. Mais il y avait du monde. Il y avait Emma dans sa jeune beauté dans le film qui suivait.

 

Note : Le Petit Texte qui présentait la lecture des textes au Centre Beaubourg a été légèrement modifié pour ce Cahier.