« Ils sont allongés sur le dos, probablement deux à deux, et leurs yeux ne sont pas tout à fait clos. Leurs yeux ne sont pas tout à fait fermés qui regardent éternellement le ciel changeant au-dessus d'eux, avec des nuages qui passent et se défont, et reviennent à l'horizon pour les amuser distraire et divertir. Ainsi d'être allongés sur le dos il ne peut naître aucun ennui, à peine une lassitude, une tristesse seulement de s'entrevoir étendus sans espoir de se redresser, ni d'échapper jamais à l'usure et au nivellement de la terre.
Il s'agit d'une peinture sur toile de format modeste environ trente centimètres sur trente que l'on peut voir dans la maison du peintre, avec des formes allongées sur le dos. Ils reposent à plat sur le dos dans une position rectiligne, un peu penchés seulement, avec quelques légers accidents, mais parfaitement stables et ne souffrant en aucune mesure d'un déséquilibre qui viendrait contrarier leurs statures fondamentales de gisants.
On peut ainsi les contempler, étendus avec leurs têtes de rois vaincus, avec des bouches et des nez, avec des yeux qui demeurent ouverts malgré la poussière et les tristesses d'éternité. Ils reposent pieds-à-pieds le corps soudé à celui de l'autre avec des vestiges d'os et de couronnes, des membres atrophiés, des gestes ébauchés, des velléités d'exister encore et d'écouter la rumeur du monde se préciser autour d'eux chaque jour, et disparaître.»