L’homme sans nouvelle
Proses. 120 p. 12 /19.
1981. ISBN 2.86853.120.2
— 10,00 Euros
« La plus sûre façon de trahir, la plus avantageuse aussi, est de rester « fidèles par idées » ; mieux vaudrait encore rester fidèles par le rêve, puisque les hommes sont davantage couleur de leurs songes que de leurs pensées : les uns sont habillés de prés et de bois, les autres de la lumière citadine des enseignes, d’autres du soleil prudent qui tombe sur les bâtisses ; mais la plus vraie livrée de l’homme est celle des rapports qui l’unissent à la souffrance. Jamais une douleur n'a menti. »



« La Terre est en peine en ce moment; il ne faut pas dormir, mais veiller avec elle et presque la consoler; l'intuition aimante peut beaucoup pour elle, peut seule être près d'elle partout où elle souffre; il ne faut surtout pas dormir, mais chercher et soigner jusqu'en nous-mêmes son mal. Elle-même est récompense pour toute pensée qui se soucie d'elle; elle suffit à donner le courage de proclamer en nous ce qui est et, si cette réalité nous menace, de la proclamer en nous malgré nous. Tige sans peur ou jonc sans race, tout ce qui naît d'elle résiste aux vents, peuple l'espace d'une amitié solide. On peut surtout compter sur la terre labourée par l'homme; fût-elle la plus âpre, elle s'est faite douce après le travail et si forte qu'elle ne trompe plus; je voudrais que mes pensées soient d'elle, qu'elles aient une vie de plantes, un geste de reconnaissance tourné vers le soleil et vers cette peine des hommes, à laquelle toutes doivent d'avoir poussé.»