« Yavait des choses que je pouvais comprendre.
Yavait des mots quils avaient dit que je pouvais comprendre. Le mot : argent quavait dit Nane, je le connaissais. Pas dargent, pas de fille, quelle avait dit. Ma tête a été soudain pleine danimaux et de cris, ma langue a gonflé dans ma bouche. Pas dargent, pas de fille. Jaurais voulu repousser ce moment où j'ai commencé à marcher le long de la véranda et le long de la maison, et le long du chemin qui menait à la mare où je me baignais quand jétais petite, repousser ce moment et revenir en arrière quand on était montés dans le train quétait le moment du départ parce quà ce moment-là, je savais pas encore cette vérité à propos de Nane. Le père Pogg allait à la ferme de McCabe qui vendait des bêtes. Pogg avait toujours été vieux même quand jétais petite. Il sortait de largent de sa poche et on lui donnait un veau quil ramenait au bout dune longe pour le tuer et le manger et saler ce quil avait pas mangé. Y avait qu'une route pour aller chez Mc Cabe et la route passait devant chez nous et Pogg s'arrêtait chaque fois, et disait à Nane : allez ! ça lui fera une promenade, et je partais avec lui jusqu'à la ferme où je regardais les animaux. Un homme attrapait un veau dans l'enclos et le veau se laissait faire au début, mais quand il avait compris le truc, il se mettait à gigoter et à pleurer à cause qu'on allait l'enlever à sa mère et la mère gigotait aussi, jamais contente qu'on lui vole son petit. Pogg sortait l'argent de sa poche. Il avait mis un élastique autour des billets. L'homme lui tendait la longe. Alors on reprenait la route. La bête pleurait tout le temps du voyage. Et la vache qu'était de plus en plus loin pleurait aussi. On entendait leurs voix qu'étaient comme un écho, rien que leurs deux voix dans la plaine qu'étaient que du silence...»