Rue des Remberges
Chronique. 48 p. 13/17.
2003. ISBN 2.86853.369.8
— 7,50 Euros
Chronique en errance au fil des paysages, des instants de vie dont la seule évocation ramène aux voix fameuses de la littérature qui ont si souvent, tels des révélateurs, mis en lumière le monde qui nous entoure. Un admirable condensé de la poétique de Pirotte, de son art de la prose trempé à la lumière charentaise.




C'est par les livres, et dans les livres, que j'aurai vécu. On me l'a bien reproché. À commencer par ma mère, qu'en conséquence j'ai de bonne heure renoncé à fréquenter. La réalité débitée par la convention du quotidien manque singulièrement de substance; abjecte, elle n'est que sordide, et lorsqu'elle se pique de noblesse, elle est ridicule. Mais que Dhôtel ou Chardonne disent les jours de Charente ou les nuages d'Ardenne, voici que la vie d'un seul élan devient indubitable, et que la Charente et l'Ardenne surgissent contre toute attente dans une lumière inégalée.
Je m'inquiète fort peu de l'accusation de simplisme que mes propos inspireraient au philosophe, et encore moins des coups de gourdin qu'il m'assènerait, allié pour la circonstance à “ l'homme positif ” qui est, paraît-il, le héros de notre temps. Toujours soigneusement à côté de la question, je répondrais avec Mac Orlan que “ les images sont plus tenaces que les idées, particulièrement les idées générales, quand on ne possède que trente sous pour entrer dans le paradis terrestre des charcuteries et des vins populaires... ”

Oserai-je employer le mot vérité ? Voilà. Ce sont les écrivains qui me disent la vérité. Allons plus loin : je ne connais d'autre vérité que celle que j'aime à entendre. Et j'éprouve aujourd'hui la même surprise émerveillée que dans l'enfance à l'appel d'une voix familière. Il y a toutes sortes de façons sans doute d'aller à la vérité. Ce qui ne trompe pas, c'est l'accent, l'hésitation à peine perceptible de la voix, au bord de la confidence, au seuil du récit, à l'heure de la parole. Rien de tranchant, rien d'agressif, au contraire. C'est cela que j'écoute, cette retenue que je guette, et la pudeur la plus farouche me touchera, réduisant en fumée les roulades péremptoires des hâbleurs. Les voix qui me parlent détiennent au plus profond le secret du silence. Ainsi la voix de Chardonne qui, devant les vieux murs d'Obidos, et le “ grouillement de la vie marine ” de Nazaré, se réjouit de “ la secrète correspondance entre le silence et la vie dans sa plénitude première...”