Fond de cale
Roman. 160 p. 12 /19.
1991. ISBN 2.86853.111.3 16,00 Euros
Un homme vieillit par à-coups et reculs à travers la France, et lombre rieuse de sa sur le poursuit dans ses retranchements multiples. Qua-t-il fait delle ? De quelle transgression a-t-il payé le prix en prison ? Le temps se marche sur les pieds alors qu'il fouille sa mémoire et qu'il trahit les autres femmes.
Les bonheurs de lire Pirotte renaissent en nombre avec ce roman car Fond de cale est un concentré haut en voltige de tout ce qui nous enchante chez lui : le mélange des gens (avec pour tous la même tendresse lucide) et des genres, la fascination pour la dérive et les berges de la folie, le halètement de la cavale et des magistrales saouleries qui ne parviennent pas à calmer l'âme... Et son style tout de douceur grinçante «qui confond et marie les arômes de vie et de mort»
«Ce matin-là, j'ai compris que jamais plus je ne ferais demi-tour. Ce que j'abandonnais venait de cesser d'exister, pour peu que cela ait un jour existé. Je n'emportais que ce qui vraiment avait accédé à l'existence, le printemps d'alors, le frileux printemps d'aujourd'hui. Et je scandais sur tous les tons les mots : rouler à tombeaux ouverts. C'était ma façon de ranimer les braises d'un ravissement à la fois juvénile et morbide. Je roule à tombeaux ouverts. Mais pourquoi le pluriel ? Que tous les tombeaux soient ouverts (ils ferment mal, prétendait Audiberti), je ne m'en sentais pas moins voué au mien, le seul à m'attendre, creusé à ma mesure, depuis longtemps prêt à me recevoir. Parti du sommet de la nuit, je m'en allais à sa recherche. En souriant je me disais : quelque part mon cadavre futur s'impatiente.»