« Moi, j'ai échangé la large fenêtre ensoleillée du deuxième étage pour une minuscule ouverture sous les combles, qui donne sur la cour de la caserne. Et une scène insignifiante me revient maintenant à l'esprit, qui se rattache à l'ancienne chambre. Un soir de cinéma où la chambre était déserte à l'exception de Merle qui somnolait, comme d'habitude, sur son lit, j'avais été attiré vers la fenêtre par des éclats de rire dans la rue. Il faisait déjà presque nuit. Mais j'avais le temps de voir deux bicyclettes s'éloigner sous les arbres du parc et, se découpant sur le halo de lumière que jetaient les phares, les silhouettes de deux filles qui se tenaient par la main sans cesser de pédaler. J'avais alors pensé à la multitude des carrés de lumière jaune éparpillés sur la façade, qui devaient être visibles de la rue. Comme le décor, les lits de fer, les casques sur les armoires, les escabeaux rangés autour de la table. La présence de ces bâtiments (une ancienne caserne de la Wehrmacht, parait-il) à la limite de la ville, coincés entre des usines et une voie ferrée, ne doit surprendre personne. Seulement, s'ils peuvent voir presque tout ce qui se passe dans les chambres, les passants n'entendent sans doute pas le va-et-vient ininterrompu des balles de ping-pong dans les couloirs, accompagnement habituel, et un peu sinistre, de nos soirées. »