Soldats et autres récits.
152 p. 12 /19.
1991. ISBN 2.86853.107.5
— 13,50 Euros
L'année perdue et les chambrées d'un service militaire en Allemagne, un pèlerinage laïque et solitaire au Mont Athos, des séjours recommencés — au-devant de quelle vérité ? — dans diverses chambres d'hôtel et, enfin, les rues de Marseille arpentées un hiver jusqu'à satiété : ainsi pourrait-on résumer les cinq récits rassemblés ici. Mais au-delà des situations et des personnages entrevus, c'est surtout une présence qui finit par s'imposer, à la fois attentive et désenchantée, avec ce détachement apparent et cet effacement de soi qui permet de dire les silences d’ordinaire négligés, les sensations infimes et les doutes diffus, et quelques anecdotes touchantes à l’extrême par leur dénuement même.

 


 

« Moi, j'ai échangé la large fenêtre ensoleillée du deuxième étage pour une minuscule ouverture sous les combles, qui donne sur la cour de la caserne. Et une scène insignifiante me revient maintenant à l'esprit, qui se rattache à l'ancienne chambre. Un soir de cinéma où la chambre était déserte à l'exception de Merle qui somnolait, comme d'habitude, sur son lit, j'avais été attiré vers la fenêtre par des éclats de rire dans la rue. Il faisait déjà presque nuit. Mais j'avais le temps de voir deux bicyclettes s'éloigner sous les arbres du parc et, se découpant sur le halo de lumière que jetaient les phares, les silhouettes de deux filles qui se tenaient par la main sans cesser de pédaler. J'avais alors pensé à la multitude des carrés de lumière jaune éparpillés sur la façade, qui devaient être visibles de la rue. Comme le décor, les lits de fer, les casques sur les armoires, les escabeaux rangés autour de la table. La présence de ces bâtiments (une ancienne caserne de la Wehrmacht, parait-il) à la limite de la ville, coincés entre des usines et une voie ferrée, ne doit surprendre personne. Seulement, s'ils peuvent voir presque tout ce qui se passe dans les chambres, les passants n'entendent sans doute pas le va-et-vient ininterrompu des balles de ping-pong dans les couloirs, accompagnement habituel, et un peu sinistre, de nos soirées. »