Noël à Ithaque
Récit. 80 p. 13/17.
2006. ISBN 2.86853.466.X
— 13,00 Euros
C’est en observateur en apparence détaché, presque impassible, et d’autant plus attentif aux spectacles de la rue, «poreux » aux impressions les plus banales, qu’il nous adresse ce petit vade mecum non dénué d’émotion où le temps du voyage tourne définitivement le dos à celui du tourisme.

 


 « En route donc, si l’on peut dire, vers l’île minuscule et légendaire, toujours le même étonnement, légèrement incrédule, à entendre soudain interpeller derrière soi, entre les Giorgos et Nikos qui sont ici légion, un Sophocle, un Platon ou même, comme ce fut le cas tout à l’heure, dans l’agitation de l’embarcadère, sous le diminutif de ses deux dernières syllabes, un Epaminondas. Le premier prénom entendu en Grèce, dans les minutes qui avaient suivi l’arrivée dans le nouvel aéroport de Spata, avait d’ailleurs été, d’une certaine façon, prophétique, lorsque son père avait lancé à un petit garçon brillantiné qui s’apprêtait à prendre à contresens un escalier mécanique ( et ne semblait souVrir d’aucun problème de vision ) : “ Omire ( Homère ), regarde un peu où tu mets les pieds, fais attention… ” ».
À rapprocher des naïfs émerveillements d’autrefois ( si un émerveillement n’était pas toujours, par nature, un peu simplet ) lorsque, sur la route de Patras, après la théorie des eucalyptus blanchis dans la chaleur et la poussière entre Athènes et le Pirée, des pancartes routières en lettres jaunes ou or sur fond bleu ( jouxtant parfois des églises préfabriquées, de la chapelle rurale à la cathédrale byzantine miniature offertes, au choix, à la vente sur les bas-côtés ) annonçaient, dans les deux alphabets, les destinations de Corinthe, Acharnè, Eleusis, Stymphale ou Salamine.
L’histoire est maintenant si longue et si ancienne que cet étranger-là, périodiquement retrouvé, aurait dû, depuis le temps, cesser de l’être. Et pourtant.