« En route donc, si lon peut dire, vers lîle minuscule et légendaire, toujours le même étonnement, légèrement incrédule, à entendre soudain interpeller derrière soi, entre les Giorgos et Nikos qui sont ici légion, un Sophocle, un Platon ou même, comme ce fut le cas tout à lheure, dans lagitation de lembarcadère, sous le diminutif de ses deux dernières syllabes, un Epaminondas. Le premier prénom entendu en Grèce, dans les minutes qui avaient suivi larrivée dans le nouvel aéroport de Spata, avait dailleurs été, dune certaine façon, prophétique, lorsque son père avait lancé à un petit garçon brillantiné qui sapprêtait à prendre à contresens un escalier mécanique ( et ne semblait souVrir daucun problème de vision ) : Omire ( Homère ), regarde un peu où tu mets les pieds, fais attention
».
À rapprocher des naïfs émerveillements dautrefois ( si un émerveillement nétait pas toujours, par nature, un peu simplet ) lorsque, sur la route de Patras, après la théorie des eucalyptus blanchis dans la chaleur et la poussière entre Athènes et le Pirée, des pancartes routières en lettres jaunes ou or sur fond bleu ( jouxtant parfois des églises préfabriquées, de la chapelle rurale à la cathédrale byzantine miniature offertes, au choix, à la vente sur les bas-côtés ) annonçaient, dans les deux alphabets, les destinations de Corinthe, Acharnè, Eleusis, Stymphale ou Salamine.
Lhistoire est maintenant si longue et si ancienne que cet étranger-là, périodiquement retrouvé, aurait dû, depuis le temps, cesser de lêtre. Et pourtant.