Sept petites études
Lectures. 112 p. 14 /19.
2002. ISBN 2.86853.351.5
— 13,50 Euros
Sur Emmanuel Bove, Constantin Cavafy, Jean Forton, Charles Cros, Henri Thomas, Odilon-Jean Périer et sur la traduction.

 


« Commencer peut-être par la fin, puisque c'est par son dernier roman publié, cet Enfant roi paru une bonne douzaine d'année après la mort de son auteur, que j'ai été amené à découvrir, puis à arpenter cette œuvre rare, à laquelle ne conduisaient que d'étroits sentiers déjà un peu anciens et peu fréquentés, mais à qui il suffit de quelques promeneurs, de temps à autre, pour ne pas disparaître tout à fait, pour que le tracé en reste visible. Sans doute les aurais-je d'ailleurs fatalement empruntés tôt ou tard. Ne serait-ce que parce que Jean Forton appartient évidemment à la famille des Raymond Guérin (dont il a préfacé La Peau dure), Jean Reverzy, Georges Hyvernaud, Henri Calet (en moins affranchi) ou Paul Gadenne (en moins appliqué), bref à cette lignée d'écrivains qui doivent compter sur un noyau variable d'admirateurs plutôt que sur de volumineux tirages, auxquels il peut arriver de figurer sur les listes des prix littéraires, mais comme par inadvertance et rarement jusqu'à la consécration, dont la réputation infuse lentement sans jamais se convertir en célébrité, et que les manuels et histoires de la littérature rangent habituellement, lorsqu'ils n'omettent pas de les mentionner, au nombre des auteurs “mineurs” ou “méconnus”, en se bornant parfois à regretter qu'ils soient “injustement oubliés”. Les noms précités (la liste n'est pas exhaustive) finissent à la longue par former une sorte de clan, un peu disparate, mais à qui certains traits suffiraient à donner, sur quelque très improbable photo de groupe, un indéniable air de parenté : tous ou presque se sont, de leur vivant, tenus à l'écart des coteries et réseaux d'influence, ils vivaient souvent en province, ne se réclamaient d'aucune école, n'ont pas davantage envisagé d'en fonder, et avaient sans doute déjà assez de mal avec leur œuvre propre pour songer, en plus, à la promouvoir dans le monde. »