Petit Duché de Luxembourg
Poèmes. 32 p. 12 /19.
1991. ISBN 2.86853.133.4 6,00 Euros
Les « circonstances » de la vie (mais sait-on toujours ce qu'elles recouvrent ?) nous amènent parfois à vivre dans des lieux, des villes que nous n'aurions sans doute jamais choisis. Plus brusque le dépaysement, plus sévère la leçon. S'il ne nous restait, malgré tout, une salutaire curiosité, et la ressource de regarder autour de soi; encore et encore, jusqu'à ce que l'autour-de-soi finissse par devenir sinon transparent, du moins reconnaissable et familier. Affranchi, par imprégnation, de l'étranger. Quand bien même (il ne faudrait pas l'oublier) l'étranger est d'abord, et uniquement, celui qui se trouve là et regarde.
« La brume a dissimulé la brume qui cache les trois lumières,
posées à ras de l'eau, du café Jean le Pauvre.
Du fleuve jauni pendant la nuit, le débit ne cesse plus
d'enfler, et c'est tout un paysage noyé
qui tressaille au passage des trente-neuf
(je le sais pour les avoir parfois comptés)
wagons des mines, vision pareille et neuve
dans le dérèglement continu de la mécanique
intime. La part de l'ombre ne se laissera pas,
ce soir, apprivoiser. N'importe, sortir et assouplir encore,
par un dernier tour, la phrase de peu de secours. »