« Les cadeaux, on dirait, des cadeaux qu'on verrait bien accrochés dans l'arbre si c'était Noël et non le 24 octobre, en Alsace et non à La Rochelle, dans ces jardins où la treille n'offre à picorer que petits grains pleuvant comme plombs, noirs après qu'ont rougi, après que sont tombées le dernières feuilles de la vigne vierge.
Des cadeaux, oui, comme vous en sortez chaque jour ou presque de votre boîte aux lettres ou que vous avez gagné avec le magazine, de la démo gratuite recyclée en leurre tournant.
Tout ce qui brille effraie les oiseaux, les détourne des raisins dont ils sont friands, et vous attire comme le miroir les alouettes.
Qui vous attire ainsi sous la tonnelle ? Qui vous invite à cueillir, toutes les deux ou trois grappes, de ces faux ovnis et de ces vrais leurres ? Qui vous prend pour gibier ? Qui attend, bien caché, que vous passiez à portée de tir ? Celui qui aura eu sa rue de son vivant, ou qui lui aura donné le nom de son chien ? Songe t-il, quand il le voit écrit blanc sur bleu, quand il emprunte cette rue, au croisement de boxer et de labrador qui l'accompagna quinze ans de rang (expression locale qui prend ici, dans ces jardins familiaux, tout son sens, qui retrouve même une certaine verdeur), à celle qui, son épouse étant décédée, le regardait, couchée sur sa chaise, repiquer ses salades et arracher ses poireaux ?
Est-ce lui ? Est-ce toi, lui diriez-vous si vous le rencontriez ? C'est-y toué ? C'est-y toué qui est mort ou c'est-y ton frère, hurlait le pauvre diable retrouvant par hasard, trente ans après, un des jumeaux qu'il avait bien connu aut'foués dans son village, est-ce toi qui est mort ou est-ce l'autre ?
Est-ce vous ou est-ce lui ? Celui qui de cette rue Bouboule que vous avez prise, et pas du tout par hasard, d'abord devant la porte du jardinet, puis rentré avec le fumier, perché sur le plus haut des tas, celui qui de cette rue Bouboule vous lança sur la piste d'une rue Mimile.»