Denis
Montebello

On pourrait s’appeler autrement, Monterosa par exemple, ou bien Didio, être fils « de Dieu » c’est-à-dire de personne. Cela ne ferait pas de la petite momie braillante ramassée sous un châtaignier un cadeau du Ciel. Cela ne transformerait pas le hasard en destin. Un nom d’enfant trouvé en montagne à gravir. Jusqu’à ces cimes enneigées qu’on voit en toute saison et de partout pour peu qu’on quitte les rives du lac. Qu’on fasse le maçon de l’autre côté des Alpes. Qu’on construise des maisons qu’on n’habitera jamais. Un nom de lieu ne vous fait pas habiter. Il ne vous condamne pas non plus à l’errance. Même si vous passez votre enfance en forêt et à cueillir tout ce que la Nature dans sa grande mesquinerie prodigue. Même si vous n’avez pas fait votre révolution néolithique. Vous c’est d’un autre sommet que vous descendez, mais c’est aussi le Piémont. Le même brouillard ocre qui flotte. Et vous ne vous demandez pas de quelle lumière dorée peut se nimber une île avec son campanile. Vous ne vous contentez pas de naître. Dans les Vosges. Ces « Vosges ingrates et essentielles » dont parle Henri Thomas. Vous aimez l’Italie et de toutes vos fibres. La lettre de Sidoine Apollinaire à son cher Arbogast, c’est à vous qu’elle s’adresse. Vous « buveur de Moselle » (né natif d’Épinal, cité imaginaire) et qui « rotez le Tibre » (vous enseignez le latin, vous traduisez Pétrarque ou Virgile). Et quand il écrira à Namatius qui à Mediolanum (Saintes) a sa villa, qui à Oléron s’en va chasser le lièvre et le pirate saxon, c’est encore à vous qu’il écrira. Vous qui vivrez, ce n’était pas écrit, à La Rochelle.