« À laide de citations et de réminiscences, mais sans étalage désordonné ni volonté de synthèse, Borromini donne une forme à notre mémoire. Et devant ses ombres, ses circonvolutions, combien de visiteurs innocents ne penseraient même pas au baroque, tant on est loin des stéréotypes. Le baroque est ici orgueilleux et distant, triomphant et menacé. Cest un défi et un calcul, une passion et une froideur : un « raisonné dérèglement », déjà
Borromini reprend mais déforme ( « Je naurais jamais choisi cette profession dans le seul but dêtre copiste »), fait éprouver à tout ce quil touche les limites de la résistance, mais autant que les architraves, les corniches, les cimaises, les frises et les larmiers, cest son propre corps quil pétrit avec une volupté masochiste. Ses formes ont lair dêtre « cuites au four », faisait remarquer Jakob Burckhardt ; mais cest dans son âme sombre, quéclaire parfois la lumière de Rome,quelles sont dabord travaillées.
Car Borromini, autant quon puisse limaginer aujourdhui, fut un personnage sévère, chaste, mélancolique et coléreux, sans illusion sur son destin dhomme. »