
« Ni chair ni poisson, les mannequins sont les derniers avatars des sirènes, qui flottent entre deux eaux dans les transparences et les reflets de nos vitrines. Ahuries de se retrouver dans nos villes, soumises aux caprices de la mode qui leur rend une apparence humaine, mais qui annonce peut-être la fin de leur adolescence millénaire. Parfois sans visage et sans bras, elles se déguisent aussi en bustes de couturière, mais je préfère des mannequins plus complets, des effigies moins tronquées, en un mot des figures plus aguichantes, dont le réalisme qui n'omet aucun détail est si troublant quand elles sont nues, car leur corps sans défaut est lisse entre leurs jambes, comme si les sirènes sorties de l'eau avaient retrouvé tous les attributs de la féminité, sauf un.»