« Il est évident que le Diable s'occupe de nous plus que Dieu. Il connaît ses responsabilités. Il nous a pris à Lui alors... nous sommes l'enjeu. Il ne doit pas nous lâcher. Il faut qu'il ne nous lâche pas. L'Autre ne vit que dans son Impersonnalité, tandis que Lui est toujours présent. Il ne nous berne pas, Lui. Il a dit une fois pour toujours que nous étions ses jouets. Tandis que le Grand affecte de ne vouloir jouer à rien. Le Dieu est inconnaissable (c'est comme ça qu'il tient le coup), tandis que le Diable nous touche par un petit bleu sur un Cézanne; le jeu de la rotule sur le genou nu d'un garçon; la trace d'un sein sous le corsage d'une jeune fille. Il est malin ! En un mot c'est le Malin ! Imaginez ce que serait la Foi en Occident, sans les Majuscules ! Un terrain vague, le rassemblement du Rien du Tout, l'effondrement. Bref, la mort dans l'âme, comme disent les romanciers qui n'en ont pas. À la fois d'âme et de certaines choses, au pluriel, qui conditionnent l'activité créatrice.
Étienne, entre ses deux valises, sur le quai de la gare de Marseille, subitement ne crut plus au Diable et c'est cela qui le perdit pour un instant et le gagna à l'Éternité. Debout, au sommet des grands escaliers, il crut une seconde à son âme et c'est ce qui le perdit pour les petites puces de la vie et le rendit fort pour l'Éternité (encore une majuscule,excusez : c'est la dernière... ou presque). Il se gratta la tête, ivre de bonheur dans un grand soleil dense et endormeur comme l'aïoli de son enfance. Mais la tête, c'est trop simple; tout le monde a une tête... Il se gratta dans les régions plus obscures de lui-même.»