« Je vivais d'une vie indistincte et voilée, en ail sauvage au bord des jours, violet et vert heureux je crois , avec cette facilité à des bonheurs de rien qui m'a toujours accompagné. J'aurais pu découvrir les chroniques d'Henri Calet, sa façon de tout retenir à ces riens, et cette douleur au ras de vivre. Mais ce sera la fête de mes trente ans d'un certain point de vue, mon âge d'homme, mon immersion. Nos révoltes étaient morales, assez peu liées aux livres et aux idées; curieusement elles le devinrent, en transférant à des savoirs contradictoires une expérience tronquée. Les livres, leur bruit intériorisé mais aussi leurs échanges, vinrent soutenir la perte partielle d'une certaine capacité d'attendrissement immédiat. Ils évitèrent le contact direct, cuir et feutrine entre la main et le fer. État tampon bien propre à faciliter les passages, les exorcismes, les liquidations dans un état d'apesanteur. Ayant raté collectivement notre entrée dans la vie, qui se confondait dans notre désir à un changement du Monde rien de moins! nous pouvions lire. »