« Parler doit rendre à l'être sa légèreté. Parler porte à son point d'incandescence le désir de faire durer le temps. On parle pour s'approcher, mais aussi pour se déployer. Parler est une architecture mouvante, une Venise d'accords à naître, un dédale où se perdre, puis se retrouver. On ne part de rien avec quelqu'un d'inconnu. Tout fait signe. On sait confusément qu'on a une histoire commune à faire passer, libre des passions mortes et des conflits. L'autre nous porte au-delà de nous-mêmes, nous expatrie, et c'est si bon de faire semblant de perdre pied. Il y a là une sorte de terre-plein que la vigueur habite et déguise en tremplin. L'autre use de ce moteur tout neuf dont il vous pare, vous vous alléger de vous-mêmes, plutôt qu'il ne vous pousse des ailes. Vous allez voler, puisqu'un homme découvert en vaut deux. »