Marcher à l’estime
Une chronique de Nature. 168 p. 13 /20.
1993. ISBN 2.86853.153.9
— 16,00 Euros
« J’ai tenté ici de mettre en mouvement un certain regard porté sur le paysage. D’où mes promenades sans but, nourries d’analogies et d’objets de nature, mais aussi ce besoin participatif de dire les choses aimées par les livres lus. 

Voilà donc mon amour des pierres, des bouts de bois paradoxaux rencontrés sur les chemins. Une sorte de Land Art particulier, privé, et cependant résonnant chez d'autres, traversant le jeu sans fin des formes à découvrir, des collections, des nœuds entre le réel et l'abstraction.
Je ne sais pas si j'y suis parvenu, mais c'est ainsi, donné, direct, décidé : une tentative d'appropriation du monde, l'éloge du pacte qui nous ramène aux arbres et à l'herbe, aux traces et aux mots. »

 



« Ramasser une pierre, la tourner dans ses paumes, la réchauffer, la vernir un peu ainsi, c'est déjà s'approprier une part que l'on sait bientôt manquante : celle de son être seul au monde, comblé, sans demande. Cette expérience est une émotion de lumière. Elle nous lave. Il faut la renouveler autant de fois qu'on peut. Marcher ainsi quelquefois pieds nus dans l'herbe, s'en laisser caresser, détendu, sur un plateau aux touffes rases, sans crainte ni des serpents ni des épines, savoir que, ce jour précisément, tout est au mieux, qu'il ne peut pas y avoir de place pour l'ombre, pour la contradiction. L'odeur chauffée des acacias refroidit lentement sur le soir, vrai miel de cette herbe foulée. La poussière protège vos pieds. Aucune emphase. Marcher, s'étendre, se lever, regarder aurour de soi et très loin, au-delà de toute envie de voir et de saisir. Ne pas essayer de ramener à soi quoi que ce soit même d'infime. Faire corps. Être léger et faire masse.
D'autres fois, il faut tout regarder car nous pouvons tout perdre, irrémédiablement. Des œillets sauvages roses, égarés — se voulant vus, c'est certain, car isolés — vous arrêtent; il faut alors s'asseoir; rien n'est plus important pour l'heure. L'ail aussi est très beau et il embaume. J'aime retrouver les ancêtres, les premiers segments de la prèle emboîtés comme des bambous originels. Rêverie autour de la Salade Sauvage d'avant la sauce! »