Ce livre de malheur, et des corps
Poèmes. Dessins de Jacques Busse. 80 p. 14 /19.
1991. ISBN 2.86853.131.8
9,00 Euros
« Une suite de six poèmes où le corps est la matière textuelle à partir de quoi monte le chant du malheur. L’incarnation n’est cependant pas sujet (ou objet) d’un regret. Non. Ce que l’on déplore ici, c’est la mésaventure du corps (maladie, suicide, guerre, accident…). Une tradition aussi ancienne que la poésie française elle-même — depuis le XIIe siècle. Une danse des corps mourants. Dévotion. »



«
Un ami téléphone, il est nuit, il est ivre,
son corps sent tout à coup cette odeur de finir,
sa voix fait un boucan de couvercle, de clous.
La tête est gourde, le prétexte fameux —
tel a mal à sa grippe, tel un char à sa porte —
et c'est verte impatience d'endurer son palabre.
Il dit je me fiance (on connaît cette antienne),
mais mon ventre s'insurge, et mon chien a des tiques.
Il a fait un poème, ah non c'est incessant, et parle
de convois, nébuleux délirium, de convois hors les rails.
Le vide ahurissant des vains mots qu'il ânonne
(les pleutres, les bourreaux), qu'il agence, qu'il brise...
On lâche sans blémir la fin jaune à ses trousses :
le sommeil a des ordres — qui peut les abolir ?
“Rappelle-moi demain, ce soir je t'entends mal.”»